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Contrepoint, quand la moitié d’Air fait valser Bach

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20 ans déjà que le duo français Air composé de Nicolas Godin et Jean-Benoit Dunckel a débarqué sur la scène électronique en tant que précurseur de l’ambient qui fait aussi partie de la French Touch. Le premier des deux comparses lance enfin sa carrière solo en s’attaquant à l’œuvre de Bach, immense défi réussi avec brio.

Depuis l’excellent Love 2 sorti en 2009, le groupe Air s’est progressivement retiré de la scène médiatique pour se lancer dans des projets plus personnels. Avec la BO de Le Voyage dans la Lune ou encore Music for Museum, les deux potes ont pu explorer d’autres facettes de la musique électronique et de ses possibilités. Mais Nicolas Godin n’en a visiblement pas terminé avec cette quête spirituelle. Pour justifier ses choix, il explique que « le vrai challenge pour un artiste est d’avoir une raison d’être, parce qu’il y a déjà tellement de disques qui sortent ». Une raison d’être qu’il n’a pas trouvée par hasard : « J’ai fait un certain style de musique avec Air, mais je voulais revenir au classique, grandir musicalement et me réinventer ».

Ainsi est né le projet Contrepoint. Mais parmi l’univers vertigineux qu’est la musique classique, il est compliqué de cibler ses influences. Et c’est en toute humilité que Nicolas Godin calque son inspiration dans celle d’une de ses idoles : le pianiste Glenn Gould. Il lui rendra même hommage dans le titre Glenn, de quoi boucler la boucle. Pour son premier projet solo, le Versaillais s’est donc attaqué à Bach qui n’est pas le dernier des tocards de l’époque. L’œuvre de Bach est encore considérée aujourd’hui comme la masterpiece de la musique baroque, permettant la transition avec le classique. Le pari est osé pour Godin qui tente de s’inscrire dans cette lignée avec une œuvre qui se veut la plus éclectique possible en adaptant 8 pistes de Bach par divers prismes contemporains.

L’essentiel de Contrepoint tient dans l’association de plusieurs ères musicales que l’industrie du disque et les mentalités de groupe auraient tendance à opposer. Le prelude Orca donne le ton avec une envolée progressive qui pourrait même tendre vers le 8-bit, tout ça en se basant sur une partition de Bach. On part déjà bien loin du style habituel du groupe Air, et il faut vite s’y faire. Hormis quelques associations de beats et piano, notamment dans Widerstehe Doch Der Sünde, le downtempo apaisant des deux potes de lycée est bien loin. Contrepoint explore plutôt le jazz avec l’excellente intro de Club Nine qui va jusqu’à nous plonger dans une boite de jazz à l’américaine ou encore Clara dont le tempo et l’exotisme rappelle vaguement la bossanova brésilienne. Le regard de Godin, plus ou moins distant envers l’œuvre de Bach, nous offre un album qui malgré une démarche très personnelle devient concernant pour le plus grand nombre.

En 8 pistes, Nicolas Godin milite pour l’extension d’une industrie du disque aux possibilités infinies. Contrepoint n’aura surement jamais le statut de marqueur qu’a pu avoir l’œuvre de Bach mais ne faillit pas à sa mission et se place surtout comme une friandise pour tout passionné de musique et d’histoire de la musique. Beaucoup d’idées, peu de fioritures et une réalisation soignée : Godin adapte les principes et méthodes qui font le succès de Air depuis 20 ans pour une œuvre novatrice qu’on vous recommande vivement !

Nicolas Godin sera en concert à la Gaïté Lyrique le 5 Novembre.

Thibaut Caillet

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