Reports

Ce qu’il faut retenir du MaMA festival

Le MaMA, c’est le marché annuel des musiques actuelles. C’est un festival qui, sur 3 jours, regroupe plus de 120 concerts dans une dizaine de lieux différents. L’idée est de répondre à l’appel de la musique, allant de salle en salle, de style en style, de boulevards en ruelles, au coeur de Pigalle, au pied de Montmartre. Et cette année, parce le Gorille a grandi, nous y étions. Car oui, le MaMA, c’est aussi un rassemblement important du milieu professionnel de l’industrie musicale. Tourneurs, managers, producteurs, maisons de disque, presse, médias, artistes voire éditeurs fourmillent dans les plus beaux spots du 18ème arrondissement. Nous avons eu la chance de se voir produire de nombreux auteurs et musiciens, inconnus ou reconnus, étonnants ou détonants.

Mercredi

Vus et entendus par Timothée

Notre coup de coeur : JAIN

Le Bus Palladium accueille une soirée Auguri productions où se produisent Tim Dup, JAIN et Shake Shake Go, jeunes artistes en développement du célèbre tourneur de Stromae, M, Oxmo Puccino, Vanessa Paradis … Je n’ai pu assister aux représentations du premier et des derniers, mais suis parvenu à écouter la seconde.

Le Gorille a eu la chance de s’entretenir avec elle et de découvrir une prestation impressionnante, un univers singulier et attachant. Seule sur scène, JAIN est vêtue d’une robe où le noir épouse le blanc, sobre et mystique, à l’image de sa musique. Enfin pas tout à fait, car sa musique est plus brute, intense, presque violente. C’est justement le mariage de ces contradictions qui lui confère toute sa plénitude. La scénographie est intéressante : de grands postes de télévision proposent une illustration des paroles et de la mélodie, toujours dans le thème principal d’une saturation des couleurs minimales. JAIN semble un peu tendue, mais cette fragilité donne à son groove une saveur de délice. Sa voix est rageuse mais pleine d’espérance ; un timbre pas si loin d’Adèle ou d’Amy Winehouse. Son chant porte la foule, intriguée par la jeune femme qui anime, seule, ce concert étonnant. On danse, on chante, et chaque titre est une offrande de sentiments, heureux ou plus mélancoliques. Ce que j’aime, c’est cette absence de déjà-vu. JAIN, c’est des boucles hip-hop, une âme reggae, bercée par les congas africaines de sa jeunesse, du folk-rock, de la pop méchamment prenante, une voix délicate … JAIN, c’est beau, et unique.

Lomepal

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Le jeune rappeur était très attendu. En tout cas, nous avions à coeur de le voir sur scène. Un ami m’avait vanté un concert incroyable, dans une salle bondée et surchauffée de Rock en Seine. Nous étions aux antipodes. Il joue dans un bar-club, la Foule, et je ne comprends toujours pas pourquoi. Il est tard et, à peine rentré, mes oreilles bourdonnent. Nous ne savons quel partenaire de l’artiste a choisi de produire Lomepal ici, mais c’est une erreur. On sent que l’ingé-son fait tout son possible pour limiter les dégâts, sans parvenir à effacer notre déception. L’acoustique est laide, le son pauvre, et surtout, il n’y a pas grand monde. Le dernier morceau est suivi par moins d’une dizaine de personnes, probablement le noyau dur de sa fan base. C’est dommage, car ce rappeur a du talent. Çela aurait pu être très cool, mais la fête a été gâchée par un manque de professionnalisme évident. A qui la faute ? Pas de réponse, Lomepal n’y est pour rien, mais devrait songer à mieux s’entourer.

Jeudi

Vus et entendus par Noémie

Les concerts du jeudi avaient cet air excitant d’une soirée French Beats au Divan du Monde qui promettait d’être électrique.

Mais avant, instant digestion dans une Cigale parsemée venue se réchauffer auprès du scandinave Jay-Jay Johanson. Un joyeux moment chaleureux et arrosé, gorgées de bières à l’appuie entre deux morceaux. Un chanteur complice face à une foule calme mais réceptive à sa pop-folk. On notera tout de même l’enthousiasme communicatif de quelques fans du premier rang, que Jay-Jay Johanson est allé saluer en partant.

C’est sur ces notes qu’on est allé se pavaner dans la Foule, pour écouter ce mélange sensible de musique de chambre et de nappes électro comme sait si bien le faire Damien Tronchot, Sound designer de talent caché derrière Pavane. Pour ce live, il est accompagné de son frère à la guitare. En pleine finalisation de son premier album, Pavane rode ses nouveaux morceaux qu’il mêle habilement avec des titres échappés de son premier EP, l’Echappée sortie en octobre 2014. On partira ravis mais un peu sur notre faim d’un « Bye Bye Macadam » revu et corrigé qui n’est jamais venu.

Au Divan du Monde, changement de mood. MiM a déjà bien entamé son set et on est accueilli par un verre et des beats de trap qui font convulser les bras – pas pratique avec une bière, on en conviendra. Entre titres de son premier EP et remix, MiM prend son pied, et Anna Kova qui l’accompagne aussi. Celle qui fait office de danseuse derrière la console pendant la quasi-intégralité du set révèle toute sa prestance pendant le fameux « Blow ». Une voix impressionnante et une énergie débordante pour une explosion auditive.

Gordon, nouveau poulain InFiné prend le relais dans une ambiance beaucoup plus sombre. S’il essuie des problèmes techniques au début de son set, ses visuels hypnotisants captent l’attention du balcon. Il aura du mal à convaincre ce soir – faute à un stress marqué et visible, mais réussi tout de même à m’embarquer pour une petite ballade sonore dans les bois.

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Faute de transport, on partira à regret avant le (nouveau) live de Christine. Cette belle endormie qui fait crisser des pneus et hausser les voix du cinéma nous a hantés toute la nuit, et on lui a promis à demi-mot de venir l’embrasser à sa prochaine visite parisienne.

Vus et entendus par Timothée

Broken Back

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Etoile montante de la French Pop, ce breton a toutes les cartes en main pour pérenniser son développement, déjà bien entouré. Ses chansons sont nées au lit, guitare en main et dos cassé, d’où le nom de scène. Le set est maîtrisé de bout en bout, tant dans l’interprétation de l’artiste qu’au travers des lumières et d’un son d’une qualité saisissante (bravo à l’ingé!). On entend d’ici les critiques faciles, qui doutent de l’originalité du projet. Il n’en est rien. Broken Back nous fait apprécier la musique dans son plus simple appareil, le sentiment. Il chante en anglais, avec un brin de Milky Chance dans les arrangements, épaulés par un batteur sur scène qui étonne, mais distille une vraie identité. Pêchu, à la voix aussi fragile que puissante, sa simplicité émeut. Les mélodies sont efficaces, sans artifices. Le Cigale est là, lui aussi. Si certains préfèrent une « French Touch » underground bourrée aux synthés et aux textes aussi plats que français, cela n’est pas mon cas. Broken Back, lui, transmet quelque chose, et tous les groupes ne peuvent pas en dire autant.

Kuenta i Tambu

Nous filons ensuite au Bus Palladium pour le live de Kuenta i Tambu. Ce groupe d’Amsterdam a vu le jour il y a 10 ans, et c’est une folie. Leur joie de vivre se pose sur la salle entière. Au carrefour d’un pays de métissage, ils jouxtent tambù -musique traditionnelle des Antilles néerlandaises-, électronique, techno, chant … c’est un bouquet d’harmonies et de percussions dont l’echo est infini. Mon corps se met en tension à la seule pensée du groupe en live. Cette musique est le rythme incarné, transcendantal. Nul n’a pu échapper au joug puissant de Kuenta i Tambu. Trêve de bavardages, vidéo à l’appui.

A-WA

Prononcé Ay-wa, ces trois soeurs sont originaires de Shaharut, petit village d’Israël du sud de la vallée d’Arava. Cette petite famille se produisait au backstage de la Machine du Moulin Rouge, et a embrasé le public. Incandescentes, Tair, Liron et Tagel Haim ont été à l’origine d’une prestation hors normes, débordantes d’énergie et de bonheur. Leur musique, c’est un peu ça en fait, du bonheur. Elles offrent une musique de paix, protestatrice aussi, entre folk yemenite et electronic danse, incarnation de la joie et d’une culture orientale d’amour. Pendant une heure, on avait oublié la stupidité humaine qui méprise la réconciliation entre deux peuples. Il n’y avait qu’A-WA, qui réconciliait chacun d’entre nous.

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Vendredi

Vus et entendus par Noémie

Vendredi, retour au Divan du Monde pour les débuts de Meadowlark sur le sol français. Ce duo anglais, qui sort une version bonus de son EP Dual le jour même, semble bien prometteur au vue du nombre de pro venus les applaudir. Mais même lieu, même problème de son … On n’entendra pas la batterie électronique d’un musicien venu exprès d’Outre-Manche. Malgré les embuches, la formation s’en sort bien. Le live se rode encore mais Kate est touchante et meuble le vide avec brio avec des compositions personnelles, rappelant à certains qu’ils l’ont connue via ses reprises sur Youtube.

Sage a plus de chance au Divan. Si les basses sont encore bien trop fortes, son live se déroule sans embuches. Lui qui vient tout juste de finir le mixage de son album nous délecte des premiers extraits, inter-mêlés aux ballades de son EP InBetween. Réalisé en partie par Benjamin Lebeaux des Shoes, l’album s’annonce électrique comme en témoigne l’explosion des deux derniers titres. Il est loin le temps Revolver et Sage façonne sa pop à sa façon et ingénieusement.


On quitte un Divan du Monde de plus en plus compacte pour Rachid Taha et son Couscous Clan, suivi du duo Acid Arab. Il était initialement prévu qu’on y retourne après OK Lou mais la jauge de capacité en aura décidé autrement.

Finalement sagement posés devant OK Lou, ses nappes électro et l’abus de vocoder pour scander des paroles peu renouvelées ne nous ont pas convaincu. A deux doigts de plonger dans les bras de Morphée, on a préféré s’éclipser, non sans se délecter d’un étrange spectacle qui se déroulait au pied de l’artiste … Mais ce qui se passe à La Foule, reste à la Foule…

Faute de place au Divan, notre périple s’achèvera donc dans l’antre de Chez Moune. La prochaine fois rappelez-moi de tenir mes promesses et de ne jamais y remettre les pieds. Si j’ai adoré capter la fin du live des Ghost of Christmas, j’ai beaucoup moins apprécié me frayer un chemin parmi des gens peu délicats et des groupies à peine pubères venues offrir un verre aux DJ – devant le regard excédé du manager et de l’ingé son qui n’aura pas réussi à les chasser en poussant les décibels.

Vus et entendus par Timothée

Kid Wise

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Un concert que j’attendais avec la plus grande impatience … Parfois, il vaut mieux laisser le hasard guider les choses. Kid Wise, c’est un jeune groupe de franciliens qui a tout pour plaire, et qui plait. Kid Wise, c’est une jeunesse désincarnée, incarnée par ces jeunes artistes à la sensibilité exacerbée, à l’imagerie émouvante de sincérité, à la musique aérienne. Et pourtant, ce soir là, je n’ai pas retrouvé Kid Wise. Le groupe était en place, le son bétonnait, les lumières jaissaient. Mais eux n’étaient pas sur scène. Le chanteur est symbolique de cette maladresse, gesticulant, entre mouvements incongrus et impassibilité. Aucune folie qu’appelle pourtant leur musique, peu de passion et absence de sentiments. Jeunes et talentueux, rien n’est perdu, mais retravailler la gestion scénique semble capitale. A suivre …

Noiserv

C’est le concert que je n’imaginais pas. Courant entre deux salles, je m’abrite d’une pluie déluvienne au sein des Trois Baudets, cabaret mythique de Pigalle. La chaleur de la salle, écrin carmin, est lourde et pesante. Les lumières plongent et entre sur scène un jeune artiste, Noiserv. Le portugais détend l’atmosphère dans un humour décalé, simple et généreux, métaphore de sa musique, simple et généreuse. Aidé de synthétiseurs, d’un xylophone, d’une guitare sèche, d’un looper et de sa voix, Noiserv nous envoute sensiblement, et nous entraîne pour un petit moment dans son univers bien à lui. Une belle et douce pause dans cette soirée humide.

Après trois jours de concerts en plein coeur de Paris, entre Pigalle et Montmartre, nous ne pouvons que dire merci au MaMA Festival pour ces quatorze artistes découverts, redécouverts et appréciés.

Noémie Wilde
Timothée Yarrepud

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