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La grange aux decibels

L’été s’étant terminé, je pensais pas reposer mes fesses dans le van orange de mes meilleurs potes pour retourner en festival avant au moins le printemps prochain. C’était sans compter sur Rock In The Barn, aka « ce qui est arrivé de meilleur à la Normandie ». Me voilà donc en route vers la charmante bourgade de Giverny, célèbre pour sa fondation Monet et… c’est à peu près tout. Après avoir marché de nuit le long d’un champ interminable, on a installé nos tentes au son des accords de Cheap Wine, déjà sur scène. Je dois commencer par préciser que Rock In The Barn a le camping de festival le plus mignon que j’aie jamais vu : des pommiers, des guirlandes lumineuses, plein d’arbres et une caravane de thé/café/petit dej’. On se croirait chez les hobbits.
Bref, vu qu’on était quand même pas là pour faire du camping, on a fini par investir le site du festival à proprement parler. C’est à dire qu’on a marché une minute, vu que tout est rapproché, et que c’est quand même vachement agréable. Comme ça serait dommage de casser le mood mignon du camping, là aussi tout est cute : une grange (la petite scène), un cercle de barnums qui vendent diverses denrées alimentaires et liquides, une grande scène et surtout… des ados partout. C’est vrai qu’on est à Giverny, et que tous les jeunes du coin sont venus. Et même si ils ont pas la tête de l’emploi qu’on attendrait du public d’un festival rock garage, ils ont l’air de kiffer autant que nous. Du coup, direction la grange où the Jabberwocky Band joue déjà et donne le ton dans une salle bien enfumée malgré les injonctions à éteindre son pétard, pardon, sa cigarette. C’est costaud, c’est vénère, ils veulent secouer les oreilles du public et ça marche. On est gonflés à bloc pour le prochain concert : Tahiti 80.
Bon là ça se corse. Je les ai trouvés un peu gênants Tahiti 80. Un peu trop pop, un peu trop cheesy, clairement ça prend pas, en tout cas ni sur moi ni sur les potos. Et la foule n’a pas l’air en délire non plus. Ça danse, ça applaudit mais on attend peut-être plus d’une grande scène. Malgré les acrobaties d’un clavier clairement survolté, on est loin de l’inoubliable. Du coup c’est le moment d’aller chercher une bière en attendant la suite.
La suite, c’est les Warlocks, qui, malgré leur nom patibulaire, savent faire planer une salle avec leur shoegaze californien. Le public de la grange ondule doucement, les yeux vers le ciel. C’est doux mais pas mou, planant mais pas lent, bref, un bon moment pour recharger les batteries en prévision des italiens de Go!Zilla annoncés sur la grande scène.

On retourne quand même chercher une bière et on est au rendez-vous, au premier rang de la grande scène pour nos potos transalpins, emmenés par le toujours jovial Luca Landi. Le groupe a assuré, avec un set comme toujours maitrisé. Go!Zilla fait danser, pogoter, transpirer, c’est du garage comme on l’aime. J’ai simplement regretté d’une part que le son soit pas transcendant (mais on les excuse, ils nous ont expliqué avoir envoyé tout leur matos habituel aux USA, rien que ça, pour leur tournée à venir). Par ailleurs, le public s’est raréfié avec l’heure tardive, ce qui ne rend pas hommage à l’envergure du groupe.
Je me fais violence pour rester pour le set suivant  malgré la bière la fatigue : La Fine Equipe vient conclure ce vendredi soir, et j’ai franchement envie de les voir. Je traine mon pote Simon, dernier survivant de ma bande devant la grande scène. Tout ça pour nous retrouver devant trois petits mecs qui mixent comme si ils essayaient d’invoquer C2C sur scène sans succès. Sérieux les mecs, c’est pas parce qu’on dirait que vous vous prenez cent volts dans la main dès que vous touchez un bouton que ça vous donnera l’air cool. En soi le set était pas dégueu, mais tout est dans l’attitude. Du coup je suis pas restée. Et comme c’était le dernier groupe de la soirée, j’en ai profité pour aller dormir. Yolo.

Le lendemain, on a pu voir de jour où on était, et franchement, sympa : entourés de forêts vallonnées de plein de couleurs, on a pu profiter du soleil qui inondait la campagne avec une générosité toute normande. Les conditions étaient réunies pour un bucolique pique-nique au cidre brut en attendant le début des concerts.
Pendant ce temps là, au camping, les mecs de The Giver avaient installé une Game Cube et mixaient au calme sous les arbres du verger, bonne ambiance.

Le soleil déclinant, on s’est dit qu’on pourrait peut-être aller voir un concert au lieu de raconter n’importe assis devant la tente. Du coup on s’est dirigés vers la grange pour écouter RUST. Je les mets en MAJUSCULES parce que c’est le genre de nom de groupe qu’on ne prononce que très fort avec une voix grave. Menés par une sorte de fils caché de Thranduil et Lucius Malefoy, les polonais de RUST déconnent pas. Ils sont hyper vénère et font vibrer la grange avec leur hard rock zeppelinien. C’est cool mais y a déjà Black Market Karma qui commence sur la grande scène et d’après mes potes faut pas les rater.
Surprise, on retrouve avec eux Octave, des Callas Tebaldi qui remplace le bassiste. Le groupe londonien tient sa grande scène, et propose un set psyché maitrisé, mais qui m’a laissée froide. Mais peut être que je n’y connais rien, mes copains ont adoré. On est retournés chercher une bière pour fêter ça.
Retour dans la grange pour Wall Of Death qui fait dans le lourd. Il faut croire que Rock In The Barn aime bien mettre des grosses guitares un peu grasses dans cette petite grange, il y a peut être un pari sur le nombre de décibels qu’il faudra pour la faire s’écrouler. Mais le son y résonne bien, on s’y sent au chaud, c’est chouette.

Pendant les sets de Nuit et crocodiles, j’ai décidé de partir en quête de nourriture, ce qui a pris beaucoup plus de temps que prévu. Du coup j’ai rien à en dire, si ce n’est que j’étais au taquet devant la scène pour le début de Christine.
Bon alors là que ce soit clair, y avait plus de rock ou de garage qui tienne. Là il s’agit de faire DANSER la foule, de mettre le feu, la rage, de détruire la pelouse, bref, les mecs de Christine étaient pas là pour faire de la broderie. Et pour le coup, le festival ayant fait complet ce soir là, la foule était au rendez vous. Les mecs de Rouen transforment n’importe quel sample en arme de destruction massive, et proposent en plus des projections sur écran géant, pour être bien surs que la foule aura eu l’impression de vivre un trip violent à l’intérieur d’une machine à laver. C’est réussi.

Du coup, pantelants et essoufflés, on est retournés chercher une bière en attendant le début du set d’Acid Arab prévu pour une heure du matin. Les deux parisiens ont su mixer les diverses influences orientales de leur musique avec de la techno froide pour offrir un set à la fois planant ET énervé (ouais c’est possible ouais). La présence d’une danseuse du ventre dont je n’arrive toujours pas à savoir si elle était prévue ou pas a renforcé l’aspect un peu irréel de ce dernier concert. Le tout m’a semblé durer moins de vingt minutes tellement ils ont su embarquer le public dans leur délire. Quand la musique s’est arrêtée et qu’on n’a plus entendu que le bruit des gens, le froid de la nuit nous est retombé dessus et soudain la fatigue s’est faite sentir.

On s’en est retournés vers le camping pour quelques heures de sommeil réparateur. J’ai remis mes fesses dans le van orange, et on a roulé, toujours sous le soleil, vers Paris.
Merci Rock In The Barn, de nous avoir offert, même après l’équinoxe d’automne, un gros weekend d’été. C’était tout plein de musique, d’amour et de fun. En plus t’as les eco cups les plus jolies de tous les festivals.

NB : L’auteur utilise l’expression « retourner chercher une bière » à de nombreuses reprises dans cet article. Il s’agit d’une formule politiquement correcte pour « retourner au camping remplir nos bouteilles en plastiques du vin le moins cher et le plus dégueulasse de chez Leader Price ». Bisous.

Marie-Céleste Garnier

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