Focus on

Purity Ring : des équations musicales audacieuses entre schizophrénie musicale et marketing de génie ?

Première écoute : un dimanche après-midi de chill intense. Incompréhension et circonspection.
Seconde écoute : un lundi matin dans le métro. Réveil musical au max, l’impression d’écouter Rihanna mais en mieux, parfait pour des pérégrinations matinales.

Sixième écoute : Une seule chose à retenir. Cet album est : déconcertant, (ou je souffre de profonds troubles du dédoublement de la personnalité, CQFD le titre de cet article).

Le doute. Les questions. Les goûts musicaux de l’adolescence sont peut-être en cause ? La fan de Shrines que j’avais été en 2012 s’était peut-être fourvoyée ?  Une jeune fille en fleur aux oreilles plus perméables qui n’auraient pas décelé le vide musical qui entourait le duo de Canadiens ? Premièrement, je n’ai pas le souvenir d’avoir été une jeune fille en fleur fana de tout ce qui passait sur les ondes radiophoniques, enfin ce second album était peut-être tout simplement très mauvais. Mais comment expliquer ce grand écart musical ? Les deux Canadiens entendaient pourtant courageusement revendiquer la création d’un nouveau style de musique. Le future pop. Le futur de la pop rien que ça. Bien. Pourquoi pas. Investigations musicales Vol. 1.

purity 1

Cet album s’analyse comme les dictées musicales que vous faisiez à dix ans au solfège et qui vous agaçaient profondément. Vous savez, ce moment où, le regard vide, vous répondiez à côté de la plaque à votre professeur, en pensant très fort « t’façon j’ai pas l’oreille absolue ». Ici, qu’entend-on ? Des équations musicales revendiquées ou non, réussies ou non, pas particulièrement originales. On réalise très vite que ce qu’on écoute c’est avant tout une composition que l’on peine parfois à comprendre. Ainsi chaque morceau est un bout d’une encyclopédie musicale qui renvoie à un autre morceau que votre oreille tentera de reconnaître. Par exemple sur stranger than earth, on a l’impression d’écouter t.a.T.u (mais si mais si souvenez-vous, deux jeunes russes qui pleuraient sous la pluie en disant « this is not enough »). Les premières notes de bodyache en revanche rappellent un titre plus ou moins connu de Sia (690 000 000 vues sur les Internets). En gardant ce qui avait fait la recette du premier album, des synthés puissants et une voix envoûtante qui créaient de véritables émotions musicales (à l’époque du moins), le groupe s’éloigne pourtant dangereusement de ses premiers amours. Le problème, c’est que là où l’idée est intéressante, musicalement, philosophiquement, et est surtout très belle, dans les faits, la musique n’est pas à la hauteur. Pour une seule et unique raison : le mot est là, on le retient difficilement. L’album semble calibré, on a presque envie de dire marketé, voire commercial ? (nous ne parlerons pas de l’absence de majuscules dans les titres), pour plaire au plus grand nombre. Du fan de Linkin Park (begin again ressemble dangereusement sur ses premières mesures à Numb), au fan de trap, en passant par toute personne qui écoutait un peu d’indé en 2010.

En somme, ce qu’on peut reprocher très rapidement à cet album, c’est d’abandonner complètement ce qui avait fait le succès de Shrines. On est très très loin d’Obedear. Là où les lyrics enveloppaient, transcendaient et dépassaient l’arrière fond musical. Sur another eternity on a parfois l’impression d’écouter un mix particulièrement mauvais de witch house. Et justement il est fort peu aisé de comparer l’album avec des groupes seniors du genre CRIM3S ou Special Darkness pour ne citer qu’eux. Chez Purity Ring, la base de witch semble creuse, fausse, mauvaise. Très mauvaise. Après tout c’est peut-être tout simplement ça le future pop ?  De la witch dévitalisée, calibrée, pour plaire au plus grand nombre ? Encore un pillage musical des cultures alternatives, qui passées à travers le prisme du mainstream perdent leur âme ?

Quelques recherches plus tard, découverte d’un petit ovni musical. En 2013, le groupe avait enregistré une cover de Grammy de Soulja Boy (idole de toute adolescente qui se respecte dans les West Indies). Et là c’est la surprise. Le coffre de Megan James, qui se mêle au mieux avec l’instru, réalise ce maelstrom complètement improbable, entre rap, indé, pureté d’une voix presque christique. Comme parfois à l’opéra, en plein aria, on a envie d’applaudir la cantatrice. Cette personne qui donne envie de danser, et qui offre un instant (de grâce) entre gros rap mainstream, et musique (à peu près) indé.

purity2

Impossible de comprendre comment en deux ans, le duo a pu passer de Grammy&co à another eternity. Et vous, comme moi, comme eux (très certainement) ne savons toujours pas ce que peut bien être le future pop selon PR. Peut-être est-ce tout simplement la reprise d’éléments alternatifs qui en passant à travers la machine musicale et marketing inéluctable de nos jours (non, mais vraiment, supprimer toutes les majuscules de l’album, c’était loin d’être obligatoire) deviennent non plus seulement des morceaux de musiques, mais des produits culturels qui ne sont que des réminiscences plus ou moins bonnes d’autres produits culturels. L’album est mauvais. Certes. Mais le duo a eu le mérite d’essayer. Essayer de proposer une alternative musicale ? une musique pour tous ? Ils ont essayé, ils ont échoué. Dommage.

Au moment où j’écris ces lignes Grammy est sur ma playlist « Move ya body bitch ». Ma playlist de sport. Allez, je m’en vais faire un petit running.

Laure Adélaïde
Crédits Photos : Rings with love – Purityringthing.com

Purity Ring est sorti le 02 Mars dernier 

Pour en entendre plus :
https://soundcloud.com/specialdarkness
https://soundcloud.com/search?q=crim3S
https://www.youtube.com/watch?v=5SZ0gF7Fu0M

Publicités

Catégories :Focus on

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s