Interviews

Let the good times be never ending

Ça fait maintenant près de trente ans qu’on les connait, les Anglais de The Charlatans, et ça fait toujours autant plaisir de les retrouver. A l’occasion de la sortie de leur nouvel album, Modern Nature, le Gorille est allé retrouver Tim Burgess (le chanteur) pour parler un peu avec lui du groupe, affecté par la mort de Jon Brookes (leur batteur), ainsi que de ses projets personnels. 

modern nature

Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis votre premier album, Some Friendly. Comment est-ce que tu décrirais l’évolution du groupe ?
On est reparti de zéro. Après les morts de Rob et Jon, Martin et moi sommes les deux seuls membres présents depuis le début, donc c’est presque un nouveau groupe maintenant. Mark Collins a succédé à Jon, qui était présent depuis le premier album, et je pense que ça a vraiment marqué un tournant dans l’évolution musicale des Charlatans.

Comment se traduit cette évolution musicale ? Qu’est-ce qui caractérise selon toi ce nouvel album ?
A plusieurs égards ça me rappelle notre premier album. La raison pour laquelle je dis ça, c’est parce que le premier album n’avait pas de point d’ancrage particulier. Il n’y avait pas encore de précédent, on était juste un nouveau groupe qui voulait faire quelque chose. On ne savait pas ce qu’on était en train de faire, et c’était magnifique. Avec cet album, je ne voulais pas faire quelque chose que j’avais déjà fait… Donc je n’ai rien anticipé, je voulais juste que les choses viennent naturellement, j’ai vraiment senti qu’il y avait des choses qu’on faisait qui marchaient bien, mais quand je jouais je ne savais pas quelle serait la prochaine note. Quand on a commencé cet album, on était tous dans la même pièce, et c‘était un peu du genre « c’est moi et toi maintenant, je te transmets quelque chose, t’en fais quelque chose, et tu le transmets en retour ». C’était vraiment un travail de collaboration, on fait quelque chose ensemble.

Jon est mort alors que vous aviez commencé ce nouveau projet. Sa disparition a-t-elle affecté le processus de création ?
Oui, on pensait à lui constamment. Ce n’était pas un truc du genre « Oh, qu’est-ce que Jon penserait de ça ? », mais c’était plutôt de façon globale, dans ce qu’il nous a transmit musicalement. Sa batterie était installée dans la pièce, et il y avait une sorte d’atmosphère particulière, qui nous faisait penser à lui. On a vraiment fait l’album pour nous, c’est une vraie camaraderie qui en est à l’origine. On est amis depuis longtemps, et on a traversé beaucoup tous ensembles.

Et paradoxalement, là où on attendait un album plutôt sombre au vu des circonstances, il est au contraire assez solaire… Comment est-ce que tu l’expliques ?
On aurait pu aller dans les deux sens. On savait qu’on allait faire un album, et ça aurait pu être un album sombre, ou au contraire un album vraiment positif. Les cinq années de maladie de Jon étaient vraiment difficiles, mais du coup paradoxalement sa mort a amené une certaine lumière, parce qu’il ne souffrait plus. Et il voulait vraiment que l’album se fasse, du coup on aurait pu faire un album sur lui, sur les cinq années qu’il avait traversées, mais on a préféré faire un album qui soit dans le présent.

Au long terme, comment le groupe va s’organiser ?
Je pense que Pete [Peter Salisbury, The Verve] sera notre batteur de façon permanente. Enfin pas de façon permanente, je n’aime pas trop ce concept de « permanence », c’est plus un truc du genre « pour la première fois, pour un long moment ».

 [youtube www.youtube.com/watch?v=CLnpdCMb7VA]

Pour parler de toi maintenant, tu multiplies toujours les projets ?
Oui, j’aime ça. J’ai un label de musique [O Genesis] qui produit des jeunes artistes qui font de la musique que j’aime beaucoup. Et j’ai écrit un livre aussi, j’ai enregistré un album solo. Et puis je continue les Charlatans, et à côté de ça je m’investis aussi toujours dans le Tim Peaks Coffee.

C’est vrai que tu es retourné aux studios en solo plus de dix ans après ton premier album, pour enregistrer Oh no I love you, en collaboration avec Kurt Wagner. Comment ça s’est passé ?
Je connais Kurt depuis 2010, et j’ai toujours été fan de l’artiste. On s’était juré de faire un album ensemble. On savait pas trop si on allait faire un album entier ou juste une chanson, mais on savait qu’on allait faire quelque chose ensemble. Et ça nous a pris dix ans pour vraiment le faire. Je suis allé à Nashville, et je suis resté enfermé dans l’hôtel dix jours, pendant lesquels on a écrit six chansons. Je sortais prendre un café le matin, je revenais dans ma chambre d’hôtel, lui envoyais quelque chose, et il m’écrivait une mélodie, quelques mots, un arrangement à la guitare acoustique et il me rendait les textes finis. Et c’était génial, c’était une super expérience. On se retrouvait le matin pour parler de la vie, je rentrais et j’écrivais de nouveaux brouillons de chansons. On a continué pendant l’été, puis je suis retourné à Nashville pour enregistrer l’album pendant une nouvelle dizaine de jours. Et ça s’est très bien passé, c’était un bon album.

 [youtube www.youtube.com/watch?v=YLEGsayAXKw]

Tu as commencé avec les Charlatans depuis presque trente ans maintenant, quels changements as-tu pu constater dans l’industrie musicale ?
La disparition de l’album en tant qu’objet physique, bien sûr. Maintenant il y a certain albums que nous n’enregistrons que pour une sortie MP3. Nous essayons encore de vendre des CD, mais le format clef reste le MP3. Et j’aime bien ça en fait, pouvoir écouter la musique sur Youtube, ou des trucs comme ça…. Par contre j’ai l’impression que la conjoncture actuelle est à nouveau plutôt bonne pour les gens qui aiment faire des albums.

Tu parles de Youtube, c’est vrai que vous avez également vu arriver Internet et son développement dans l’industrie musicale. Comment est-ce que vous vous y êtes adaptés ?
J’ai l’impression que c’est venu naturellement. J’aime vraiment Twitter par exemple, j’aime partager la musique d’autres artistes, j’aime pouvoir poster des trucs sur ce que je fais… J’aime être connecté à d’autres personnes grâce aux réseaux sociaux.

Au-delà des réseaux sociaux, on a rencontré Roddy Frame en juin dernier qui voyait aussi Internet comme l’aboutissement du Do it Yourself, en supprimant tous les filtres qu’il pouvait y avoir dans la création musicale. Qu’est-ce que tu en penses ?
J’adore Roddy, on a joué ensemble il y a quelques temps. Mais je ne sais pas… Roddy fonctionne surtout en solo, mais pour moi on a forcément des filtres, que ce soit ma compagne par exemple (elle est dans un groupe, j’aime avoir son opinion sur ce que je fais), ou le reste du groupe, mon manager… Avec Modern Nature par exemple, on avait tous l’impression de faire quelque chose de super, et j’étais à l’aise avec l’idée que d’autres personnes l’écoutent. Et en fait, le fait de partager les musiques sur Internet crée déjà des filtres, permet de se confronter aux premières réactions, qui étaient plutôt bonnes. Bon bien sûr il y a eu quelques trolls, mais ça arrive tout le temps…

[youtube www.youtube.com/watch?v=3EQJH7uX_LQ]

Comment tu expliques le fait que vous ayez duré aussi longtemps ?
On ne savait pas du tout combien de temps ça allait durer. On pensait que le groupe allait disparaitre après le premier album. J’avais un boulot avant le premier album, que je ne voulais plus jamais faire…
C’était quoi ?
Je bossais dans une usine chimique, à Manchester. Et je ne voulais plus retourner faire ce genre de travail, je voulais faire quelque chose de beaucoup plus créatif. Donc j’ai tout misé là-dessus, et j’ai bossé vraiment dur pour ne jamais refaire ça…
Et ça a marché…
Oui, jusqu’à présent !

Dans Let the good times be never ending tu parles d’une phase de transition, de recommencement. C’est un peu ce qui se passe avec le groupe aujourd’hui ?
Oui, je pense. On n’en a jamais discuté, on ne le fait jamais – ce qui est plutôt bon signe je pense, ça veut dire que rien n’a changé. Mais ce nouveau temps, j’espère qu’il va aboutir sur quelque chose de plus solide.

Propos recueillis et traduits par Ivan

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