Interviews

Parra for cuva, la finesse rythmique

Au détour d’un concert au Badaboum à Paris le 12 décembre 2014 et d’un retour en bus pour Berlin, Parra For Cuva a accepté de rencontrer le Gorille. L’occasion pour lui de nous présenter son nouvel album, Majouré et de comprendre les principales influences à l’œuvre dans son travail, ainsi que son idée de la musique en général. Un bricoleur musical de génie.

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Présentez-nous votre album, l’esthétique, les influences. Pourquoi avoir choisi ce titre?

Et bien, je ne sais pas ce qu’il signifie en réalité [rires]. L’album s’appelle Majouré et j’ai choisi ce mot pour sa sonorité française. Lorsque j’ai tapé le mot, aucune traduction n’est sortie (rires). J’ai donc pensé qu’il n’y avait aucune signification derrière cela mais je trouvais que la sonorité française était sympa et donc en somme il n’a pas de sens (rires) mais ce n’est pas grave.

Pour ce qui est de l’album c’est un tempo très grave de temps en temps un peu Hip Hop, dans ce style-là je dirais. Avant je faisais des morceaux plus technos et maintenant c’est un peu un retour aux racines, de là où je viens, ce que j’avais l’habitude d’écouter.


Qu’aviez-vous l’habitude d’écouter ?

Beaucoup plus de musiques douces et s’il y avait une raison principale pour expliquer ce retour je dirais que ce serait en quelque sorte la réunion de ces deux dernières années, après toutes ces tournées, et après la période de production de sons technos je pense.


Comment est né Parra for Cuva ?

Il me semble que ce fut en Nouvelle Zélande. Je venais de terminer mes études et après je suis allé en Nouvelle Zélande pour travailler avec des personnes souffrant d’un handicap mental ou d’autres formes de handicap. J’habitais à Oakland, et je sortais beaucoup parce qu’il n’y avait pas grand-chose à faire. J’avais commencé la musique avant, en jouant du piano, et je crois que j’ai tout découvert avec mon ordinateur portable, donc en Nouvelle Zélande. Je m’asseyais devant et je créais des morceaux encore et encore. Ils étaient très différents en fait, il n’y avait pas encore de style. Toutes les chansons étaient différentes. C’est à ce moment- là qu’il a fallu que je fasse un profil Soundcloud  pour les partager avec des amis etc. Dans la chambre où je demeurais il y avait beaucoup de dictionnaires. Il y avait un dictionnaire d’espagnol, un dictionnaire de portugais, et je me suis dit : « Allez, regardons ce qui sonne bien », et je me suis amusé à mettre des mots ensemble, et donc voilà….. Nous avons Majouré. C’est un nom étrange, personne ne le comprend en réalité. Lorsque tu le dis à quelqu’un il te répond « Hein ? ». Peut-être que ce n’était pas le choix le plus malin [rires].
Parfois je me dis qu’en fait c’est bien plus commode d’avoir des noms assez simples. Enfin je ne sais pas [rires].


Est-ce que votre séjour à Berlin a apporté quelque chose à votre travail, ou pas tant que ça ? Car il y  a une atmosphère spéciale à Berlin, c’est un endroit différent non ? 

C’est vrai. J’ai étudié le sound design à Berlin. Cela a beaucoup influencé ma manière de composer je pense. Berlin peut être assez déprimant parfois à cause de ce foutu vent qui nous vient de Russie et qui est vraiment froid. Ça t’oblige à hiberner chez toi, à rester enfermé. Ça a été le cas pour le premier hiver il me semble. Et en définitive, quand je sors, j’écoute peu de musique techno. S’il y a un dj que j’apprécie, j’aime bien aller en écouter évidemment. Mais oui je pense que l’endroit où l’on vit nous influence forcément. Si j’avais été à Paris ça aurait été différent. Enfin, Berlin est très cool en été, c’est un truc à faire. C’est assez bon marché, on ne paye pas pour grand chose [rires].

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=gEFkTsI7aVM]

Vous avez fait du sound design, auriez-vous envie de faire une chanson pour un film, quelque chose de ce genre ? Parce qu’il y a quelque chose de très visuel dans votre travail.

C’est une bonne question en effet. J’aimerais vraiment utiliser ma musique pour des films mais je n’ai jamais réfléchi à un film en particulier. Si je devais en choisir un du passé je crois que ce serait…  C’est une bonne question vraiment … [rires]. Parfois j’écoute de la musique et je pense à une scène et je mets juste un nom dessus. J’ai fait un morceau qui s’appelle Chang’s path et  que personne ne connaît. J’étais assis et j’avais cette image qui me venait de Chinois, des Chinois mafieux assis. C’est ce qui me venait en tête [rires] et si je devais choisir une image pour ma musique il faudrait que ce soit très étrange, pas mainstream, plutôt difficile à comprendre.


Est-ce que vous feriez la musique avant le visuel ou est-ce que c’est le visuel qui influencerait la musique ?

Pour moi ce serait plus intéressant de travailler à partir du visuel évidemment. J’ai des amis à Berlin qui sont dans l’animation et qui sont très bons là-dedans, ils ont fait des animations étranges et j’aime assez ce genre de choses parce qu’ils ont fait quelque chose de fantastique et ça colle très très bien avec la musique. Il y a quelques documentaires que j’aimerais faire. Quelque chose où il n’y aurait que des images et pas de mots. Ce serait vraiment intéressant de mettre une musique du monde dessus même si c’est un vrai défi de faire des musiques du monde comme la musique indienne ou africaine. C’est un défi à relever et qui permet de sortir de ton champ musical initial.  Un vrai challenge !


L’un de vos morceaux s’appelle Unfold (« déplier ») et je me demandais si parfois dans votre travail chaque détail comptait pour faire qu’une chanson soit différente d’une autre. Et je me demandais comment vous aviez fait Unfold ?

Unfold a été le premier morceau de l’album il me semble, le point de départ où je me suis dit, « ha ouais ça rend bien », et je faisais des essais l’hiver dernier je crois, et je n’ai jamais voulu en faire un morceau d’été mais le clip évoque vraiment l’été genre « cool c’est l’été c’est sympa ». Mais je pense que le morceau est plus déprimant que cette image-là parce que le son est plus grave je pense, assez profond en somme, et je ne sais pas ils ont fait cette chose très estivale. A ce moment-là j’étais comme je l’ai dit précédemment, enfermé à cause de l’hiver, donc je dirais que c’est plus une chanson d’hiver.

[youtube www.youtube.com/watch?v=dL2monrOxow]

Sur la scène, vous êtes seul au piano, en quelque sorte courbé sur votre piano et on sent que vous êtes très connecté à la musique lorsque vous jouez et est-ce que le fait qu’il y ait deux autres personnes sur scène pour vous accompagner vous donne une autre impression par rapport à vos morceaux, vous les fait redécouvrir ?

Oui, c’est très stressant de jouer et j’aimerais être dans le public, regarder et apprécier la chanson je suppose. Mais, il faut toujours rester actif et voir ce qu’il fait, ce qu’elle fait, ce que les autres font. Vérifier si je m’investis suffisamment, ce que je fais. Pour ce qui est d’être recroquevillé, il y a ces photos où l’on me voit toujours à fond dans mon truc. Je ne regarde pas beaucoup le public parce que j’ai joué beaucoup de piano et c’est une habitude. Jouer du piano requiert vraiment de se concentrer et d’un côté, tu te concentres et de l’autre, tu te dois de rester attentif. Je connais les morceaux par cœur mais je travaille tout de même encore dur parce que je pense qu’on ne doit jamais perdre la passion. Et j’ai vu des groupes qui faisaient beaucoup de tournées et ils avaient l’air de se faire chier sur les photos.


Pour ce qui concerne l’avenir, aimeriez-vous continuer sur cette lancée ou partir sur autre chose ?

Je continue de produire beaucoup de morceaux de huit-neuf minutes et je ne développais pas tout le temps de nouvelles choses parce que mes morceaux avaient toujours la même structure mais maintenant le style a changé dans la manière dont sont rythmés les morceaux. Par exemple Dream c’est huit minutes. Pas que quatre ou cinq minutes qui étaient la base avec une partie haute puis une partie basse et ainsi de suite. Maintenant ça devient vraiment plus confus haha… Ces morceaux sortiront sans doute l’année prochaine mais ils sont vraiment étranges. Je pense que c’est quelque chose de vraiment nouveau, donc je veux rester sur cette musique slow comme base mais je pense que ce sera un peu plus sombre, plus déprimant, et de la même manière si c’est plus sombre et plus déprimant je serais beaucoup avec des musiciens en live. Par exemple quelqu’un qui jouerait de la batterie, pour faire quelque chose de punchy. C’est l’objectif je pense, donc la nouvelle étape sera intéressante mais bon on ne sait jamais vraiment en réalité.


Propos recueillis par Marie

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