Interviews

Wall/Eyed, Évasion urbaine

Wall/Eyed est un voyage urbain et froid, qui s’étire parfois vers les cieux, mais sans jamais franchir cet au-delà. Le groupe élabore un psychédélisme terrestre, aussi antinomique que cela puisse sonner, comme si la fuite n’était pas uniquement possible par là-haut, mais déjà ici-bas. A Quest, premier EP ensorcelant de Wall/Eyed, est la promesse ténébreuse et hypnotique d’un avenir lumineux. Le Gorille a rencontré Nicolas (chant et guitare), Anthony (batterie), Alexandre (basse) et Elliott (clavier), quatre garçons talentueux à l’aube de leur succès.


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Comment est né Wall/Eyed ?

Nicolas : Wall/Eyed est né de moi et d’une personne qui n’est plus dans le groupe, Alexandre Jegu, avec qui on s’est mis à faire de la musique il y a environ quatre ans. On avait un niveau assez lamentable, et le groupe ne s’appelait pas du tout comme ça, d’ailleurs il ne s’appelait même pas du tout. Un week-end, chez ma grand-mère, on s’est retrouvés avec Antho, notre batteur, et on a passé une bonne partie de la nuit à jouer dans une vieille grange. À la fin, on s’est dit que ce serait cool d’essayer des trucs à Paris. (…) C’est à partir de là que le groupe s’est longuement acheminé vers la formation actuelle.

 

Pourquoi ce nom, Wall/Eyed ?

Alexandre : Littéralement, c’est le strabisme.
Elliott : À la base, c’était Wall Eyed Illusion et on trouvait qu’il y avait une antinomie assez marrante: « l’illusion du strabisme ». En plus, comme on n’arrivait pas vraiment à définir notre musique, on a décidé de s’appeler comme ça. Finalement, on a viré Illusion car c’était trop long et Antho n’arrivait pas à le prononcer. (Rires)
Anthony : C’est vrai !

Vous définissez votre musique comme post-psychédélique, qu’est-ce ça signifie ?

Elliott : On a vachement écouté de rock psyché quand il y a eu la vague Tame Impala et tout ça, mais on ne fait pas la même chose. On estime faire la suite de ça.
Nicolas : Notre musique rassemble plein d’inspirations du post-rock au shoegaze, donc ce qu’on pourrait appeler post-psych, c’est plus une digestion de toutes ces influences.
Elliott : On ne fait pas réellement du psyché moderne années 2000-2010, on ne fait pas non plus du psyché des années 60-70. On s’inspire de tout, et on fait une sorte de grosse salade avec tout ça.
Nicolas : Y’a bien un mec qui a inventé un style qui s’appelle le « shoegaze », alors post-psych pourquoi pas ? C’est Elliott qui a trouvé ça.

[youtube www.youtube.com/watch?v=GhPKEfeU-pU]

Et quelle touche apportez-vous ensuite au mélange de toutes ces influences ?

Anthony : Il y a un respect de ce qui a été fait avant-hier et il y a quarante ans. Mais tout d’un coup, il y a une faculté d’être présents : on n’est pas dans les 70’s, on est bien en 2014. Il y a aussi la concomitance de quatre personnes, quatre énergies. Notre musique reste avant tout quelque chose à faire, à définir.
Nicolas : Nous on a envie de sortir de tout ça, de tous ces groupes. Tout ça, ça tourne en rond. Nous on ne nous verra jamais avec les cheveux longs et des chemises à fleurs. Nous aussi on adore Pink Floyd et tout ça, mais on n’est pas passéistes.

Quelle est alors l’esthétique du groupe ?

Elliott : Elle ressemble à notre environnement, à la ville.
Nico : Un truc assez froid, du noir et blanc. Assez urbain, énigmatique. Notre pochette, c’est une vieille photo des années 30 d’une cérémonie traditionnelle suédoise. C’est un truc plutôt mystico-énigmatique, sans tomber non plus dans le côté ecclésiastique.
Elliott : On ne veut pas se mettre en avant, mettre nos visages en avant. C’est un peu comme les mecs qui faisaient de la techno à l’époque. C’est pas ça le plus important.
Anthony : C’est une affaire d’affects, de symboles, de moments, de rencontres. Tout est encore à faire.

Dans quel décor, quel paysage vous plantez ce premier EP ?

Elliott : Moi, personnellement, je le planterais dans notre quotidien. Il ne faut pas rêver d’un décor Pompéi ou je sais pas quoi.
Anthony : C’est juste.
Nicolas : Je sais pas si les groupes qui font ça ont une très forte imagination ou s’ils sont complètement décalés de leur réalité. Nous on est juste dans notre réalité, on ne s’imagine pas dans une jungle, dans les nuages ou je sais pas quoi. C’est moins idyllique.
Elliott : On n’est pas dans un décor californien ou quoi. Notre décor c’est la rue pourrie à Pantin où on a notre studio, c’est très urbain.
Alexandre : On hésitait à un moment à changer de studio, mais on s’est dit que si on changeait d’environnement, la musique changerait aussi un petit peu.
Nicolas : La musique qu’on fait est bien sûr très mentale, mais elle n’appartient pas à un truc précis, on ne la voit pas dans le cosmos. Évidemment elle est ancrée dans le psychédélisme et on ne va pas en écraser tous les clichés, mais on ne recherche pas cette esthétique visuelle liée au cosmos, aux astres.


A Quest est teinté de mysticisme, tant dans les visuels que dans le nom des morceaux et les sonorités. Êtes-vous croyants ?

En coeur : Pas du tout !
Anthony : Il n’y a aucun substrat de conviction religieuse, au contraire.
Nicolas : l’histoire de l’EP, c’est un peu l’histoire d’une acceptation de soi, de nous, et c’est peut-être de là d’où vient le mysticisme. Mais en fait, la religion, pourquoi ce ne serait pas toi et ce que tu représentes, ou nous ? C’est un peu ce que raconte la chanson Mirrors. Pourquoi est-ce que la religion ne serait pas juste une croyance en soi ? Pour ma part, j’ai une vraie fascination pour la religion, mais sans du tout m’y intéresser outre mesure. C’est plus un « comment c’est possible? ». Comment c’est possible qu’on voue un culte à des idées ?
Anthony : Mais il n’y a aucune dénonciation non plus dans notre musique.
Nicolas : On ne revendique rien, on n’est ni pour ni contre la religion, c’est juste une esthétique. Mais qui vient bien d’une fascination.

 

L’EP s’appelle A Quest. Mais une quête vers quoi ?

Anthony : Vers le prochain EP ! A Quest, c’est un morceau qui ne figure pas sur l’EP et sur lequel il y a eu beaucoup de rebondissements.
Nicolas : C’est une porte pour le deuxième EP. Dans le premier, on a planté le décor. La quête c’est ce qui ressort un peu de notre musique. C’est un appel vers ce qui va se passer par la suite. Il est possible que ce soit un morceau du deuxième EP.


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Si Wall/Eyed était un animal de la jungle, quel animal serait-il ?

Alexandre : Un tapir ! (rires)
Nicolas : Un vieux chat perdu qui s’est échappé de la ville !
Anthony : Il se balade d’un monde à un autre.
Elliott : C’est clairement pas un animal de la jungle, c’est un animal super citadin qui s’est évadé.
Nicolas : Et qui va défoncer le Gorille ! On est très félins.
Alexandre : Il a les yeux verrons et un strabisme.


Propos recueillis par Tara


Wall/Eyed jouera à L’Affriche, Montreuil, le vendredi 12 décembre lors de la Psychedelic Rock Party.  https://www.facebook.com/events/698813956882771/

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