Interviews

The Iron Years, accidents contrôlés

The Iron Years est un jeune duo de producteurs de techno. Ils s’appellent Thomas et Geoffroy (Joe) et viennent tout juste de sortir du studio dans lequel ils s’étaient enfermés pour enregistrer leur premier EP, Restless. Le Gorille les a rencontrés pour qu’ils lui en parlent, voici ce qui a été dit :

 iron years3

Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours musical et comment en êtes-vous arrivés à la techno ?

Thomas : Joe et moi nous sommes rencontrés au collège il y a dix ans, on était tous les deux à fond dans le rock des années 60-70.

Joe : C’était ma période « gros classiques » : Led Zep, Pink Floyd, etc.

: On a essayé de monter un groupe tous les deux à un moment, sans que ça aboutisse. Joe était déjà dans plusieurs groupes.


Et la musique électronique, quand avez-vous commencé à vous y intéresser ?

: J’ai commencé la musique électronique, à quinze ans, sur mon ordi, dans mon coin, et c’est resté comme ça longtemps. On avait une bande de potes qui faisaient pas mal de musique, et on se faisait écouter ce qu’on enregistrait chacun de notre côté.
Ce n’était pas calculé avec Joe. C’était l’année dernière, juste avant que tu partes en Inde. Tu es venu à la maison, on a fait une session pour déconner, et ça s’est super bien passé.

: On s’est tout de suite bien entendu, dans la façon de faire de la musique je veux dire. On se complétait. On savait tous les deux se débrouiller pour faire de la musique sur ordinateur. La vraie difficulté c’était de travailler à plusieurs, et tous les deux ça marchait.
Puis je suis parti un an en Inde, on s’envoyait ce qu’on enregistrait. On avait vraiment envie de continuer à faire de la musique ensemble.

: Dès que Joe est revenu, on s’est enfermé en studio et on a fait que ça entre juin et octobre (2014). Au début, on ne savait pas encore trop ce qu’on voulait faire, mais la techno est vite apparue comme une évidence

: C’est ce qui nous allait le mieux, on prenait énormément de plaisir à faire de la techno.


On écoute le premier titre de l’EP, Electricity

Le titre de ce morceau renvoie aux origines de la techno : on pense à Kraftwerk bien sûr, mais aussi aux débuts de la techno de Detroit. Qu’est-ce que ce morceau représente pour vous ? Le titre est-il une forme d’hommage à l’histoire de la techno ?

T : Ce morceau a été comme un labyrinthe pour nous. Ce morceau nous a aiguillé sur le son qu’on voulait pour l’EP.
C’est marrant que tu parles de Kraftwerk et de Detroit (qui sont deux grosses références pour nous) parce que j’ai l’impression qu’en France, la techno est un peu prise en étau entre les Etats-Unis et l’Allemagne. Le problème qu’on a en France, c’est de ne pas avoir une culture de la techno aussi viscérale que dans d’autres pays. En France, on aime bien mélanger les choses, récupérer pas mal de choses. C’est d’ailleurs un peu ce qu’on a fait.

: On écoute beaucoup de techno, mais aussi énormément de rap. Ce qui est marrant avec Electricity c’est que si on ralentit le morceau, on obtient une instru de rap.
On a pris des influences à droite à gauche, dans tous les styles de musiques mais en essayant d’éviter le recyclage.

: Selon moi, ça n’a pas trop de sens de vouloir essayer aujourd’hui de faire un morceau à la Juan Atkins.
Si on a appelé ce morceau Electricity c’est avant tout parce que c’est avec lui qu’on a trouvé la direction dans laquelle aller, c’est l’étincelle qui nous a mis sur la voie pour le reste de l’EP.

: Le titre renvoie aussi à l’ambiance du morceau, je trouve qu’on visualise bien les ondes sonores qui traversent le morceau. En fait, on a pas mal bossé avec des outils grâce auxquels on pouvait visualiser ces ondes, et c’est peut-être pour ça qu’on l’a appelé Electricity.


On passe à Sirens

Malgré l’urgence du morceau, on sent que rien n’a été laissé au hasard, pouvez-vous me parler du processus de création de ce morceau ?

: C’est parti d’une petite ligne de basse que j’avais enregistrée et que j’avais envoyée à Thomas. Et après, on a tout retravaillé, avec l’idée que chaque son soit contrôlé.

: Et c’est là où on s’est rendu compte d’un tic qu’on avait : à force de vouloir tout contrôler, nos morceaux finissaient par sonner trop propres, trop chirurgicaux.

: Du coup, on s’est forcé à laisser des éléments « imparfaits ». Par exemple, le larsen qu’on entend nous échappait un peu.

: On cherchait à se surprendre, tenter d’avoir des accidents. Puis on se demandait, qu’est-ce qu’on peut faire avec cet accident ? Est-ce qu’on peut le garder ? Est-ce qu’on peut le retravailler ?
D’ailleurs, la plupart des éléments mélodiques sont des accidents qu’on a retravaillés après, une batterie qu’on a fait saturer par exemple.

: En fait, dans un sens rien n’a été laissé au hasard puisque on choisissait de retravailler ou non tel ou tel son, mais la plupart de ces sons sont eux-mêmes des accidents.

 iron years

On finit l’EP avec Night Shift

Alors que les deux premiers morceaux étaient clairement orientés club, celui-ci me semble à part. On sent une influence new wave, qui lui donne presque un côté mélancolique. Quelle est la genèse de Nightshift ?

: Comme pour Sirens, tout est parti d’une démo que j’avais faite, et qu’on a retravaillée petit à petit au studio. Il y avait pour ce morceau un travail de composition qui était un peu plus fort ; il y a ce côté pop qu’on ne retrouve pas sur le reste de l’EP.
A l’origine, il devait y avoir une chanteuse. Le morceau était plus épuré, plus orienté club justement. Finalement, on a rajouté des pads et une ligne de synthé et on a laissé tomber l’idée d’une chanteuse.

: Ça m’aurait fait chier qu’on ait un EP dans lequel les tracks soient interchangeables. On voulait garder une cohérence bien sûr, mais en explorant des voies différentes. C’est le sound design qui donne la cohérence à l’EP. Chaque morceau pourrait correspondre à un moment de la nuit, d’une même nuit.

: La nuit commence avec Electricity, une arrivée en boîte de nuit, puis la nuit avance avec Sirens et finalement tu sors au petit matin avec Night Shift.


Une nuit agitée (restless en anglais) donc. Maintenant on va parler de la musique des autres : si on vous obligeait à écouter un album en boucle mais que vous pouviez le choisir, quel serait l’album qui vous rendrait cette tâche la moins désagréable possible ?

: Dans l’absolu je dirais Kind Of Blue de Miles Davis. Sinon l’album de David Crosby, If I Could Only Remember My Name.

: Moi aussi je choisirais l’album de Crosby je pense, c’est vraiment un disque sublime.


Excellents choix. Et pour finir, quel est selon vous le morceau qui sauve un dancefloor ?

: Slave Of My Mind de Kiko. Ca aurait pu être un tube, mais ça ne l’est jamais devenu. Je trouve que ce morceau est incroyablement bien produit.

: un grand classique de house pour ma part : Move Your Body de Marshall Jefferson.


Super, merci pour tout.

 iron years2

Propos recueillis par P.A.M.

Facebook 
https://www.facebook.com/TheIronYears?fref=ts

Soundcloud
https://soundcloud.com/the-iron-years

 

Publicités

Catégories :Interviews

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s