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Soviet Suprem : le slam slave

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Droits dans leurs bottes fourrées, R. Wan de Java et Toma Feterman de La Caravane Passe ont sorti fin septembre L’Internationale, premier opus de leur duo bien frappé Soviet Suprem. Ce soir, ils balancent leur prose du Transsibérien au Trianon et comptent bien embraser les foules comme à la bonne époque.                                                                      

 

Il ne faut pas vendre la peau de l’URSS avant de l’avoir tuée : à l’heure où une Russie boulimique semble vouloir tout bouffer chez sa voisine ukrainienne, les deux compères de Soviet Suprem montent sur scène au Trianon de Paris, à quelques kilomètres du siège du PCF. Soviet Suprem ? Un projet assez dingo mené par R. Wan et Toma Feterman, un album, une tournée et un site internet dans un esprit très soviétique. R. Wan, c’est la voix de Java, ce groupe un peu destroy des années 1990, qui mélangeait hip-hop, ska et accordéon et qui s’est fait connaître avec Et Dieu créa la Flemme ou Métro. R. Wan s’était lancé en solo en 2006 avec Radio Cortex puis avec Peau Rouge en 2012, dans un style très slam et plus sobre que Java. Toma Feterman, lui, a porté avec sa voix grave et traînante un des groupes-phares de la nouvelle scène française, La Caravane Passe, qui tient la route depuis dix ans avec un cocktail électro-swing et jazz manouche, comme sur T’as la touche manouche ou Gypsy for one day.

 [youtube www.youtube.com/watch?v=Duan5QOstb8]

Renommés pour l’occasion Sylvester Staline (pour R.Wan) et John Lénine (pour Feterman), les deux aparatchiks s’y sont mis à fond dans l’esthétique soviétique : déguisement, thématique rouge dégoulinante et logo à base de marteau et de faucille, tout a été travaillé pour créer l’illusion d’un retour en force de la Nomenklatura. Jusqu’au site internet, sur lequel on peut lire : « Plus de vingt ans après la chute du mur, le Soviet Suprem renaît de ses cendres. Et c’est à Paris qu’il a décidé de s’établir. Alors que la France ne jure plus que par l’Ouest, biberonnant sa jeunesse à la culture « yankee », deux musiciens ont décidé de prendre la tangente et de partir à la conquête de l’Est ». Sacré programme. De tels fous furieux, on en connaissait pas beaucoup, à part peut-être Stupeflip. Reste qu’en surfant sur un revival de Guerre froide, le Soviet Suprem est bien en train de réussir son coup médiatique.

 [youtube www.youtube.com/watch?v=hmunf08BIzE]

En tout cas, le public du Trianon pourra profiter de sacrés morceaux ce soir, comme la petite ballade Rongrakatikatong, hommage aux talents du verbe de Boby Lapointe, ou Rideau de Fer, un hymne jazzy à l’Ostalgie (la nostalgie du bloc de l’Est), à l’utopie soviétique et à la vodka pure. Et pour se remuer le derrière, rien de mieux qu’un Bolchoï très gangsta rap, ou le Turbo Tito aux accents de zouk antillais. Sur des airs slaves ou klezmer (folklore yiddish), les deux MCs scandent une poésie riche en jeux de mots, en allitérations et en références musicales et littéraires, tout en semant dans les têtes des petites pensées punk et libertaires (Red Army). Faire réfléchir les jeunes en parlant au passé ? Un genre de roulette russe, camarades. Même si moi, la seule chose qui m’intéresse, c’est de savoir si vous allez vraiment jouer de la balalaïka sur scène.

Paul Greenback

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