Interviews

Girls in Hawaii : café entre étrangers et vahinés

Nouveau projet des Girls in Hawaii, Hello Strange a surgi au beau milieu des quelques cent trente dates de la tournée d’Everest, leur précédent album. A l’occasion de sa sortie le 17 novembre dernier, Le Gorille est allé retrouver l’un des deux chanteurs du groupe, Antoine, pour voyager avec lui le temps d’un café sous le soleil d’Hawaï.

Digi Def 3

Présentez le groupe : quand est-ce que vous vous êtes réunis autour de la musique, qu’est-ce qui vous uni en tant que groupe ?

L’histoire du groupe commence avec Lionel et moi [Antoine]. On s’est rencontré au lycée quand on avait 16/17 ans, ça a tout de suite matché entre nous, on a passé deux ans sur les bancs de l’école à faire des conneries. On parlait beaucoup de musique. On a tous les deux eu pas mal de groupes, on était passionné par le grunge, Nirvana, Pixies, Grand Daddy… Bizarrement quelques années plus tard, quand on faisait nos études, on s’est un peu perdu de vue, on a eu envie de faire un truc ensemble plus concret que d’aller boire un verre de temps à autre. On a eu comme projet de faire un groupe de musique. Mais on avait plus envie d’avoir un local de répète, un batteur, un bassiste, de devoir se mettre d’accord sur des dates de répèt’… Tout le côté un peu compliqué en groupe. Donc on a juste acheté un petit studio portable, une boîte à rythme, un synthétiseur, une basse, et une guitare. On a commencé à faire des morceaux à deux. Le groupe est vraiment né de cette possibilité de faire un morceau en entier à deux, de pouvoir communiquer à deux, de travailler ensemble sur des arrangements. Pas simplement de faire un truc voix/guitare et d’arriver avec en local de répèt’, mais d’imaginer tout un univers en fait. C’était facile à nous deux parce qu’on a énormément d’influences en commun et qu’on savait dialoguer super facilement et ce qu’on voulait faire. et puis le reste du groupe est venu assez rapidement se greffer dessus, essentiellement pour faire des concerts en live au début. Petit à petit depuis maintenant dix ans, [les autres musiciens ont pris de l’importance] par exemple le dernier disque [Everest] c’est vraiment un disque qu’on a fait à six. C’est toujours Lionel et moi qui écrivons le plus au départ, après on travaille de plus en plus à six en studio.


Vous êtes tous un petit peu multi-instrumentalistes, vous avez développé ça sur le tard ou ça a commencé plus tôt ?

En tout cas, personne n’a fait de solfège. On a tous appris en écoutant Nirvana. J’étais bassiste au départ, et puis j’ai fait de la guitare, maintenant je joue pratiquement plus que de la guitare. On a un peu tous appris à chanter dans notre chambre en faisant des reprises. Mon petit frère était batteur donc il y avait toujours une batterie à la maison aussi. C’est surtout le fait d’avoir quasiment fait le premier album à nous deux, du coup on touchait un peu à tout : boîte à rythme, les claviers, le piano… On n’est pas très bon dans un instrument en particulier mais on arrive à toucher à beaucoup d’instruments et on arrive à créer des arrangements.

[youtube www.youtube.com/watch?v=USoPRKo-31Q]

Certains d’entre vous  étaient étudiants à l’école de communication IHECS, est-ce qu’une formation de communicant vous aide dans votre métier de musicien, votre façon de gérer le groupe et son image ?

Daniel -le bassiste- a fait l’IHECS à Bruxelles, je l’ai rencontré là-bas en fait. J’ai fait que six mois, donc c’était plutôt un croisement ; après j’ai étudié le graphisme, c’est une forme de communication aussi, plus liée à la photo, c’est plus entre les arts graphiques et la communication. Ça, ouais c’est quelque chose qui nous a beaucoup influencés dans notre manière de communiquer par d’autres formes que la musique. On est des grands fans de cinéma, d’images et donc on nous dit souvent que notre musique génère beaucoup d’images. On a beaucoup projeté de vidéos pendant nos concerts aussi au début, on fait nos pochettes d’album nous-mêmes. La communication visuelle ou plutôt l’environnement visuel d’un groupe c’est quelque chose qui nous intéresse beaucoup et dans lequel on donne beaucoup d’énergie et beaucoup d’attention. Après on communique sans doute des choses par des morceaux mais c’est pas très définit : plus c’est ouvert et libre, plus ça nous va. On est par contre très mauvais communicants sur scène entre les morceaux [rires]. On a essayé de le faire beaucoup au début, et puis avec les années on se sent de moins en moins forcé de le faire donc on est surtout content maintenant d’avoir pu créer un spectacle en live, où autant par les lumières, les sons, nous, la musique, les projections… Il y a beaucoup de choses qui se transmettent et il suffit de dire merci, pas grand chose d’autre, et ça marque beaucoup mieux en fait [rires].

Pour ce qui est de la façon de gérer l’image du groupe, même pendant les promos, on a appris à gérer ça sur le tard en fait. La première fois c’est très particulier. En fait les périodes de promo c’est compliqué parce que c’est souvent très condensé en très peu de temps, ça devient très vite parfois indigeste, parce que tu te retrouves à devoir répondre pratiquement aux mêmes questions – on n’a pas souvent cette question [rires]. En général, les premières heures c’est galère parce que tu viens de travailler deux ans sur un truc et t’arrives pas du tout à en parler. Et puis en une ou deux journées de promo, t’arrives vraiment à développer un discours pour parler de ce que tu viens de faire. Et souvent ça nous offre nous-mêmes un regard différent, parce qu’on se pose pas du tout les questions qu’on nous pose. Donc c’est à devoir expliquer des choses qu’on nous demande que tu te rends compte qu’il y a des choses que t’as fait consciemment, ou en tout cas que t’arrives à expliquer. C’est toujours enrichissant pour un artiste de défendre en promo un album, parce que généralement c’est très frais : ça vient de se finir, on n’a pas beaucoup de recul dessus. Ça aide à avoir une vision du truc.

[youtube www.youtube.com/watch?v=Rt6Br6rHJXU]

Vous avez dit dans une interview pour DumDum que vous travaillez particulièrement l’enchainement live des morceaux pour qu’il y ait un sens et ainsi raconter une histoire au public. Du coup comment avez-vous élaboré cet album unplugged, enregistré sur scène ? Quelle histoire nous racontez-vous ?  

Je sais pas si c’est vraiment une histoire, mais autant pour tous nos albums – on n’est pas vraiment un groupe de singles – je sais pas si on peut parler d’une histoire mais plutôt de voyages, une espèce de paysage, un déroulé. En tout cas on réfléchit énormément sur nos setlists d’album et sur le tracklisting en concert. C’est quelque chose qui nous prend beaucoup de temps à créer : généralement quand on tient une ou deux chansons qui tiennent bien, on tourne beaucoup autour de ça sur toute une tournée. On n’est pas trop le genre de groupe qui se réunit autour d’une table avant une date pour définir par quoi on commence, etc., il y a tout un rythme qu’on arrive à créer – ou pas -, parfois ça marche pas, c’est un peu dur d’y arriver. C’est plutôt rassembler des moments plus intime et passer à quelque chose de plus violent, et puis retourner à quelque chose de plus lumineux. C’est plutôt un déroulé en fait, qui généralement va un peu vers un espèce de climax à la fin du concert. On travaille assez fort avec notre ingénieur son et notre ingénieur lumière pour développer tout ça : les enchaînements entre morceaux, faire des blocs où on sait qu’on dira rien entre ces morceaux –  toujours concentré quelque chose et puis des moments où il faut vraiment une  pauses… C’est amener un peu du rythme et de la dynamique.


Du coup comment est-ce que vous avez choisi les chansons sur Hello Strange, comme ce sont des morceaux qui appartiennent déjà à votre discographie ?

Plusieurs choses :
Au départ ce projet, il en découle un album à la fin, mais c’est surtout un projet de tournée. On a tourné pendant dix mois de manière très électrique, avec des concerts très rock. Mais dans nos disques il y a toujours une part très électrique, et une part beaucoup plus folk/intimiste, très posée. C’est quelque chose qu’on n’arrive pas vraiment à rendre sur scène dans le contexte d’une tournée en électrique – parce qu’on n’a pas le matos pour, parce que les salles sont trop grandes, que les gens ont envie de trucs plus rock et nous aussi, pareil en festival… donc y avait longtemps qu’on avait envie de faire un petit appendice de tournée qui soit très posé, très acoustique, que dans des salles assises, des salles très théâtre où il y aurait une mise en scène particulière, les lumières et tout ça. Du coup les choix des chansons, ça également été des morceaux qu’on jouait jamais ou très peu en électrique, beaucoup de morceaux à l’ambiance très posée qu’on mettait systématiquement de côté.

Et après d’autres, ça a été parce qu’on n’avait pas envie de faire qu’un truc acoustique, un peu mou. Pour pas mal d’autres morceaux, ça a été simplement l’envie de les revisiter totalement : prendre un morceau qu’on avait joué beaucoup en électrique mais tenter de le faire switcher un peu et voir ce que ça raconterait. Par contre pour la tracklisting de ce CD-là, on a assez volontairement mis de côté tous les morceaux qu’on joue très souvent depuis dix ans. Limite un peu bizarrement tous les trucs les plus « tubes » de Girls in Hawaii, on les a tellement joué qu’on sait dit : on va juste faire vingt dates qu’on va prendre un répertoire moins connu, plus particulier, plus acoustique… on a plus ou moins sélectionné vingt-cinq morceaux et on a travaillé un mois dessus, et il y en a dix-sept/dix-huit qui ont donné quelque chose. Il y a des morceaux, on a essayé pendant vingt-quatre heures, mais ça marchait pas. C’était un peu un laboratoire.

[youtube www.youtube.com/watch?v=IxLJTmhJQx0]

Vous avez tourné dans pas mal de pays, est-ce que ces séjours parfois très courts sont des sources d’inspiration – notamment peut-être dans le choix des instruments (verres de cristal, harmonium indien…) ?

Je sais pas si c’est vraiment les pays… non parce que je crois qu’aujourd’hui, culturellement, tu connais tout à peu près du monde. C’est plus des musiques qu’on a écouté qui viennent d’ailleurs. Chez nous y a juste une réelle envie  de retrouver quelque chose de ludique dans la musique. La musique avant tout, quand on jouait de la guitare, qu’on était adolescent, c’était apprendre un truc, galérer pendant quelques jours et être hyper content de savoir le jouer, tous les jours t’apprend un nouveau truc. Et puis en fait on s’est rendu compte que sur une longue tournée électrique comme ça – où toi t’es cantonné à la guitare, le batteur à la batterie – pendant un an, ou cent dates, tu répètes une setlist assez figée parce qu’on y a travaillé assez longtemps, et y a un moment c’est un peu très automatique et du coup de moins en moins amusant. Là du coup on avait envie d’exploser complètement les possibilités et de dire : ok on jouera surement un peu de guitare, du piano, etc., mais chaque personne peut trouver deux/trois instruments avec lesquels il a envie de jouer. Et pendant deux/trois mois on a amassé  des tonnes et des tonnes d’instruments, pleins de trucs différents, pleins de trucs bizarres… et sur scène les instruments sont pas très définis : ils sont posés à un endroit, il y a plein de spot d’instruments et on passe un peu d’un endroit à l’autre, y a beaucoup de mouvements. Il y a un vibraphone qui se joue comme le grand xylophone géant : on est trois ou quatre à jouer dessus selon les morceaux. Pareil pour le piano, y a des marimbas, plein d’espèces d’orgues bizarres, un harmonium indien… Par exemple, l’harmonium indien ça aurait pu être typiquement le truc qu’on aurait pu découvrir en voyage. Sauf que j’ai jamais voyagé en Inde encore [rires], mais c’est via un pote qui a voyagé en Inde et en a acheté un, m’a montré un peu le truc et on a eu envie de jouer avec ça.


Qu’est-ce qu’on peut trouver dans la playlist de Girls in Hawaii pendant la conception de Hello Strange ?

Bah en fait rien, parce que c’était très court. On a fait un an de tournée, et on a décidé de finir ce projet par un mois de tournée de set up décalé en théâtre assis et d’enregistrer le disque en live sur les deux premières dates. Et du coup on a fait trois semaines de création, deux semaines de répétions, deux dates en live puis le mix, le mastering du disque et la pochette en un mois et demi. C’était ultra intense, je crois qu’on était tous absolument gavé de musique, on a tous lu plutôt un bouquin à côté ou regardé une série un peu pour se détendre.

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Selon une interview accordée à Brain, votre fantasme c’est d’être une fille à Hawaii. Ca donnerait quel type de vahinés ?

On a dit ça alors !? [rires] Etre une fille à Hawaii, dans le fantasme et dans le cliché, tu voudrais être très jolie, j’imagine, séduisante, sexy…

Pour nous Hawaii, on n’y a jamais été, et je crois qu’on ira jamais. On a pas spécialement envie d’y aller, mais ça évoque un truc très irréel. C’est juste une boîte dans laquelle on a projeté tous nos fantasmes quand on avait 25 ans. Pour nous, c’était juste l’envie de quitter la grisaille de Bruxelles, la pluie, le vieux grenier ou la vieille cave dans lequel on enregistrait et c’était vraiment un fantasme de chaleur, de soleil, de douceur, de repos, de fêtes…

Donc j’imagine que si j’étais une fille à Hawaii, j’espèrerais n’avoir aucun souci financier, ni aucun besoin de travailler. Etre une fille dans juste l’idée de la volupté, la détente et la grâce, sur une plage en fait.

Propos recueillis par Noémie et Marie

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