Interviews

Rivière Noire, l’interview fleuve

Rivière Noire c’est la rencontre de trois musiciens (Orlando Morais, Pascal Danaé et Jean Lamoot), réunis pour rendre un hommage musical transculturel à l’Afrique. Profitant de leurs retrouvailles à Paris pour préparer leur concert du 1er avril au Café de la Danse, le Gorille est allé à leur rencontre dans les locaux de Sony Music pour une interview suivie d’une session acoustique d’un de leurs titres (Londres, Paris), accompagnés pour l’occasion par Sylvie Hoarau, moitié du duo Brigitte. Jolie rencontre musicale et humaine, en toute simplicité.

 riviere noire

Vous avez tous les trois des parcours musicaux particulièrement riches et nourris de rencontres fortes (Sting, Alain Baschung, Youssou N’Dour, Peter Gabriel, Manu Katché et bien d’autres) ; comment vous êtes-vous rencontrés ?
Orlando : Moi je suis arrivé ici pour faire un disque, et après Pascal est venu jouer sur mon disque comme guitariste et j’ai adoré la manière dont il a joué. Je lui ai dit que je voulais faire quelque chose, et il m’a recommandé Jean. On l’a  appelé, la première fois que nous nous sommes rencontrés on a fait trois chansons, sans parler, sans rien. On n’a pas composé pour moi, on a composé ensemble.

Pascal : Oui parce qu’au départ quand on s‘est rencontré, quand Orlando voulait écrire, c’était pour écrire pour son prochain album. Au fur et à mesure, il arrêtait pas de me parler de l’Afrique, mais surtout il voulait éviter les clichés, les cartes postales, les rencontres un peu au sommet d’artistes. Il voulait quelque chose d’un peu plus authentique, c’est pour ça j’ai conseillé de travailler avec Jean. Le  premier soir on s‘est rencontré, et de manière comme ça très très naturelle, vraiment, alors qu’on n‘avait rien préparé, on s’est pas parlé, et trois chansons sont venues comme ça, nous sont tombées dessus.

Jean : Ensuite on s‘est enfermé quinze jours, on en a composé vingt-six. Le premier morceau qu’on a composé, Pascal a pris la guitare, il a commencé à jouer une grille d’accords, et  Orlando s’est mis derrière le micro qui était branché, il a commencé à trouver une mélodie. Moi j’ai pris un instrument et j’ai fait un peu de programmation pour accompagner tout ça (j’allais pas rester les mains dans les poches). Et voilà, on a trouvé une partie A, une partie B, et on s’est dit « voilà  on construit la chanson comme ça et on l’enregistre ». C’est de l’inspiration commune.

P : Comme une espèce de jam en fait.

J : Et on a la chance qu’Orlando puisse écrire des textes très rapidement, dans l’instant.

O : On écrit tous ensembles. Pascal prend la guitare, je commence, j’ai déjà la mélodie avec les textes et je chante déjà avec les basses. Et c’est toujours comme ça.

: C’est une alchimie un peu fragile, mais qui a une grande force en même temps.

P : Je pense que c’est le cas dans la plupart des groupes en fait. Après c’est juste que ce temps-là dure plus ou moins longtemps. Après il y a des groupes qui vont vraiment revenir sur chaque partie, les peaufiner avant de les enregistrer, préparer. Et nous comme on a la chance aussi de travailler avec Jean qui a une manière très spontanée de prendre le son, ça veut dire que toutes les premières idées peuvent être enregistrées. C’est-à-dire que t’arrives dans le studio de Jean, tu commences à parler, tu branches une guitare, tu chauffes, c’est déjà enregistré. Donc ça permet une spontanéité.

J : Les premières idées ont ça de magique qu’elles ont la fraicheur. Donc si on arrive à enregistrer ça, on capte un moment.

P : Après c’est un choix délibéré, disons que le moment où on est tous les trois dans nos parcours artistiques nous permet de choisir, de garder cette fraicheur. On choisit de garder ça, parce qu’on est à un moment dans nos vies où justement on a envie de garder un espace de jeu, un espace de liberté, et de l’assumer.


Donc vos enregistrements sont des premières prises ?
J : Absolument oui.

O : Même la voix.

J : Oui parce que du coup comme on enregistre aussi sans casque, on n’isole pas, c’est-à-dire que je mets le son directement dans les enceintes, donc forcément y a un peu de guitare qui passe dans le micro d’Orlando, la voix d’Orlando qui repasse un peu dans les guitares, le rythme que je programme qui passe un peu dans tout, donc ça c’est malléable parce que j’ai les micros qui prennent les proximités des sons, mais du coup aussi c’est ce qui crée une belle bulle, des profondeurs, et c’est quelque chose qu’on peut avoir aussi qu’en enregistrant en live. C’est-à-dire que moi je trouve que d’avoir un peu d’un instrument qui repasse dans un autre instrument, si je commence à mettre de l’écho sur la voix alors que y a un peu de cymbales ou de guitares qui trainent  dans de la voix de temps en temps, ça va agir là-dessus aussi, ça va mettre une profondeur extraordinaire au son. Le fait que ça repasse dans le micro n’est pas une erreur, mais c’est plutôt… En fait il faut considérer ça comme un cadeau, une qualité, parce qu’on ne peut pas avoir cet effet là sans enregistrer comme ça.


Vous assimilez votre façon d’aborder la création à une sorte de jam ; vos concerts reposent-ils également sur le même principe ?
J : Je crois qu’on reproduit les morceaux qu’on a déjà enregistrés, mais à l’intérieur de ça on se laisse encore des espèces de liberté d’interprétation, c’est-à-dire que certains morceaux sont cadrés, et à un moment donné si le moment le veut ça peut durer beaucoup plus longtemps. On se laisse un peu de fraicheur dans les structures, mais on a quand même à cœur de donner aux gens le son de l’album.

P : Oui on ne fait pas une jam sur scène.

O : C’est structuré.

P : Quand moi je commence à faire une suite d’accords, en fait j’ai une vision de l’endroit où ces accords vont pouvoir aller. Orlando arrive, il commence à chanter, lui aussi il a une vision. Jean commence à jouer, il a une vision de l’endroit où ça pourrait aller. Et tous les trois on est en totale ouverture d’observation sur la manière dont l’autre va faire avancer un peu la chanson, et on suit ce flot comme ça. C’est un jeu de construction à six mains.

: Et en même temps il y a un respect.

P : Après on essaye d’amener ça sur scène, mais en gardant toujours ces espaces de liberté. Mais avec une certaine structure quand même, pour que ce soit un spectacle, parce qu’on ne fait pas ça que pour nous. On est là pour le partage, déjà on partage avec d’autres artistes mais aussi avec le public évidemment, et on a envie qu’il voyage et que y ait des moments intenses, des moments plus intimes.

De la bossa nova à la musique mandingue, en passant par le folk, votre album se nourrit d’une très grande variété de genres musicaux. Quelles sont vos influences ?
: Moi je suis Français d’origine guadeloupéenne, ayant grandi en région parisienne. Donc la musique guadeloupéenne, la musique Caraïbe disons, c’est plus un bagage, quelque chose que j’ai entendu dans les fêtes de famille ou autre, c’est pas quelque chose que j’ai vécu au pays. Ça m’a permis d’être totalement perméable, comme la plupart des gosses qui ont grandi en région parisienne, au rock, rhythm’n’blues, reggae, funk… Et dans Rivière Noire, j’ai juste fermé les yeux et je me suis complètement laissé aller. En totale liberté. C’est ça qui était génial.

: L’Afrique est beaucoup dans la musique au Brésil aussi. Il y a la bossa nova, il y a le rock brésilien, beaucoup de choses qui se mélangent. Je crois que c’est ça la Rivière Noire, on a fermé les yeux et les choses sont sorties d’une manière…

J : Naturelle

O : …naturelle.

Sylvie : Vous m’énervez quand même avec les histoires de « naturel, naturel ». Vous oubliez de dire qu’Orlando chante tellement bien qu’il peut faire ce genre de choses, que toi [Pascal] tu joues comme un dieu et que tu peux faire ce genre de trucs. Tu peux le faire parce que t’as la technique.


Votre album est également le fruit de plusieurs collaborations, dont celle avec Sylvie. Comment avez-vous choisi de travailler ensemble ? Vous vous connaissiez déjà ?
S : Oui, on avait fait un duo avec Orlando il y a deux ans.

O : On avait enregistré une émission qui s‘appelle La pour la télévision brésilienne.

S : Avec Brigitte. Et puis avec Pascal on se connaissait déjà.

: On se connaissait depuis longtemps, donc je connaissais déjà la voix de Sylvie en dehors de Brigitte. Parce que comme dans Brigitte elles chantent beaucoup ensemble, il y a des personnes qui ne connaissent que ce son de voix, les deux ensembles, qui est une identité très forte et qui parfois empêche d’envisager la voix de l’une et l’autre séparées. Et comme je connaissais déjà sa voix, je savais que ça collerait pour Rivière Noire.

riviere noire 3

© A.Maistre

Vous avez parlé d’une sorte de désir d’Afrique qui aurait motivé la réalisation de cet album ; en quoi consiste-t-il exactement ?
J : Moi personnellement j’ai grandi là-bas, donc c’est mon enfance, mon adolescence. J’ai quitté l’Afrique à quinze ans et puis je n’y suis pas retourné jusqu’à ce que je réalise les albums de Salif Keita. Quand j’y suis retourné, je me suis rappelé que j’avais oublié que mon enfance s’était passée là-bas, et je me suis aperçu que mes racines en fait étaient là-bas, donc j’ai eu un appel assez fort. Surtout que lorsque  je suis parti au Mali j’ai retrouvé aussi une liberté de vie, des espaces, qu’on n’a plus vraiment ici en Occident. Des libertés, tout simplement. Même une façon d‘être des gens qui est très naturelle, où le contact est facile, où lorsqu’on dit bonjour à quelqu’un dans la rue on n’est pas suspecté d’en vouloir à la personne. Donc moi j’ai été vraiment réattiré par tout ça, et aussi par la musique mandingue, dont je suis tombé amoureux.


Vous avez d’ailleurs réalisé une partie de l’album à Bamako, au Mali…
: Tout à fait, ouais. Le processus c’était de composer ensemble dans mon studio, de fixer les choses et de partir avec ce matériel à Bamako. Je connais des musiciens fantastiques là-bas, qui ont participé. C’était mieux d’aller à leur rencontre que de les faire venir ici en France, où probablement l’ambiance est toujours un peu différente lorsqu’on déracine quelqu’un. C’est mieux qu’il soit dans son climat pour avoir vraiment la chaleur et la vérité de sa personnalité, de tout ce qu’il fait.

P : Le premier qui a vraiment exprimé le désir d’Afrique comme on le disait tout à l’heure, c’était Orlando. Mais c’était pas un désir d’Afrique à tout prix. C’était un souhait, comme une espèce de rêve. Et en fait quand on a commencé à travailler avec Jean, l’Afrique n’était pas du tout quelque chose qui était dans nos pensées à ce moment-là. On a fait de la musique vraiment sans penser à rien. Après quand on a regardé toutes ces chansons-là, on s‘est dit que ce serait génial d’amener ça en Afrique et de pouvoir travailler avec les gens de là-bas. Jean avait les clefs de la ville parce qu’il avait déjà fait le chemin et qu’il connaissait un peu les personnes. Donc on a pu le réaliser, c’était fantastique.


Si l’Afrique est effectivement présente dans vos musiques, elle ne semble pourtant pas être la teinte dominante. Comment avez-vous traduit musicalement ce « désir d’Afrique » ?
P : Il se trouve que justement, le désir d’Orlando c’était de rencontrer une Afrique plus intime, quelque chose qui est plus en filigrane. Et la musique du Mali, la musique mandingue, il y a un silence dedans, y a un blues, quelque chose qui est là sans être là, qui correspondait exactement à la manière dont on voulait approcher les choses. En fait notre désir d’Afrique on l’atteint à ce moment-là parce que nous quand on a fait la musique, entre nous, y avait un silence. On laissait des plages de silence énormes. Même quand on est entre nous des fois on dit rien, pendant un bon moment, ça nous pose pas de problème. Et la musique du Mali permet ça. Parce qu’elle est posée là depuis des millénaires, elle demande rien à personne, elle doit rien à personne, et elle est là.


Et Sylvie, vous qui avez rejoint le projet pour Londres, Paris, quel rapport entretenez-vous à l’Afrique ?
: Mon père est Réunionnais donc il y a un petit truc avec l’Afrique, mais qui est quand même assez éloigné. Mais j’ai écouté de la musique africaine quand j’étais enfant.

: Tu l‘avoues maintenant !

: Oui, mais parce que pour moi ça se mélange un peu avec la musique antillaise, la musique réunionnaise. C’est un espèce de petit paquet autour de mon enfance de musique de Noirs. Quand j’étais petite je pensais que j’étais noire, ou jaune, c’était pas très clair. Et ce qui est touchant aussi c’est le déracinement en fait. Vous avez tous les trois quelque chose de déraciné, entre toi [Jean] qui a vécu en Afrique et qui est parti, toi [Pascal] qui est Guadeloupéen mais qui a grandi en France, qui a vécu avec un environnement familial chargé d’histoire guadeloupéenne. Moi c’est ce que j’ai vécu aussi avec un père réunionnais, avec l‘ambiance, la cuisine, la mentalité, les envies, la tristesse de m’être éloignée. Et le Brésil, qui est un autre bordel aussi ! Tout ce mélange, je pense que c’est ça qui nous rapproche vachement. Et Londres, Paris c’est…

: C’est exactement ça. Et c’est pour ça que c’est important. Dans cet album y a une rencontre très forte entre la musique qu’on a faite à Paris et au Mali, mais c’est surtout la rencontre de personnes qui à un moment prennent la liberté d’être qui elles sont, et de faire un pas vers l’autre. Londres, Paris c’est une chanson qu’on a faite une fois revenus à Paris, donc c‘est vraiment le symbole de cet espèce de voyage. Et on arrive là et on rencontre Sylvie, Réunionnaise de Normandie, qui vit à Paris, qui a fait du rock, qui fait partie maintenant de la chanson que d’aucuns qualifient de chanson française, mais pour moi c’est plus universel que ça. On revendique très fort l’envie d’aller vers l’autre en toute liberté et de le rencontrer, de faire de la musique avec lui, ou boire un coup. Boire un coup surtout !

 

Vous jouissez d’une liberté de création entière ?
P : Oui totalement.

J : Et puis surtout on le revendique. Si on peut pas faire ça, je pense pas qu’on continuerait.

: C’est important, on a une mission aussi. Enfin moi je fais partie de ceux qui croient qu’on a une mission. Mais c’est vrai, en tant qu’artistes c’est ça à un moment, on a des choses qui arrivent, on ferme les yeux. Notre boulot c’est de ficeler tout ça à un moment pour parler aux gens. Mais on ne peut pas chercher la récompense tout de suite auprès du plus grand nombre.


Comment expliquez-vous d’ailleurs, alors que les retombées critiques sont excellentes, le faible rayonnement commercial de votre album ?
: Pour moi c’est déjà un cadeau d‘en être arrivés là.

S : Ça fait son chemin encore !

P : De toutes manières, faut regarder : les grands succès commerciaux correspondent à un certain formatage. C’est-à-dire qu’il y a une forme très précise qui correspond à un succès commercial. Après ça, la diversité musicale elle est monumentale en comparaison de ce qui fait un succès commercial. Donc quand on est artiste un moment on s’inscrit soit dans l’un, soit dans l’autre. A un moment on choisit vraiment de suivre son cœur, ses aspirations, sans se soucier vraiment des conséquences. Orlando il a fait le chemin, il a déjà eu un succès monumental. Jean, dans son boulot, pareil. Moi j’ai joué avec des gens qui étaient mes héros, j’étais avec eux sur scène, c’était fabuleux. Et après tu te dis « et après ? C’était quoi mon rêve quand j’ai commencé à chanter, à jouer de la guitare ? C’était quoi ? Qu’est-ce que tu voulais ? ». Tu voulais toucher quelque chose de complètement bizarre dans ta tête. Et c’est ça que tu dois construire, c’est à ça qu’il faut être capable de faire face en tant qu’artiste. Tu te regardes dans le miroir et tu te dis « est-ce que j’ai réussi à atteindre cet objectif-là,  c’est-à-dire purement artistique, ou pas ? » Et après tu décides.


Et l’avez-vous atteint avec cet album ?
P : On a vraiment la sensation en tout cas d’avoir fait quelque chose. On a vraiment écouté notre cœur, et il n’y a rien qui est venu nous dévier de ça. Et ça c’est génial, on a pu le faire vraiment en toute liberté, avant que les partenaires arrivent. On avait quelque chose d’assez pur (disons suffisamment pur, parce que pur ça n’existe pas), pour que les partenaires qui arrivent puissent nous aider et travailler avec nous, et c’est ce qui se passe maintenant ; les gens avec nous travaillent avec nous  autour de ça pour nous faire progresser.


Comment envisagez-vous la suite ? Avez-vous prévu de faire d’autres albums ?
: Quand on s‘est rencontré on a dit qu’on allait faire trois albums.

: Je sais qu’ils pensent déjà au deuxième album !


Pensez-vous déjà à de nouvelles collaborations, à de nouveau artistes à inviter ?
: D’artistes non, mais de destinations peut-être. On pense beaucoup à l’Asie en fait.

P : C’est une curiosité.

J : Moi je sais que j’adore les orchestres de gamelans ; le bambou, le son des bambous, comme ils ont beaucoup là-bas. J’y pense beaucoup et j’adorerais aller expérimenter et finir par un concert dans les temples d’Angkor par exemple.


De votre côté Sylvie, du nouveau pour Brigitte ?
S : Oui oui, on prépare un nouvel album qui va sortir en septembre j’espère.

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© Roch Armando

[Bonus Gorille] Quel animal serait Rivière Noire dans la jungle ?
O : Un serpent !

: Je pensais ça aussi.

P : Serpent de rivière.

O : C’est comme une rivière, c’est le même mouvement.


Et pour finir, le Gorille vous laisse profiter de l’interprétation acoustique de Londres, Paris, par Rivière Noire et Sylvie Hoarau :


Propos recueillis par Romain et Ivan

Riviere Noire sera en concert au Café de la Danse le 1er avril
Pour plus d’informations : http://www.rivierenoire.fr/
https://www.facebook.com/rivierenoire
http://www.deezer.com/artist/1697982

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