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Ärsenik : le P.O.I.S.O.N coule à flots

arsenik

La Bellevilloise, le 5 décembre 2013

Quand on m’a proposée un concert d’Ärsenik à la Bellevilloise jeudi dernier, j’ai sauté sur l’occasion, je ne crache jamais sur une invitation à renforcer ma street cred’. D’Ärsenik je ne connaissais que quelques sons, et les voix reconnaissables entre mille de Lino et Calbo. Mais je les sais issus du milieu rap français 90s que j’adore, et donc ni une ni deux me voilà en route vers la Bellevilloise.

          Arrivée à la salle, je comprends que je suis sans doute la seule à être venue un peu au dépourvu et à ne pas connaître par cœur l’univers du groupe. Pas un seul lycéen en air max flambant neuves, ni adolescente en Tshirt 1995 comme j’ai l’habitude d’en voir dans la plupart des concerts rap ces derniers temps. On sent que ce soir, ce sont les vrais, les anciens qui se sont déplacés. D’ailleurs je suis une des plus jeunes. Qu’à cela ne tienne, je prends un air de connaisseuse et je descends dans le club de la Bellevilloise.

          L’ambiance est déjà bien installée pour la première partie (oui, je suis arrivée en retard mais c’est pas moi, c’est le bus), et je comprends assez vite qu’il s’agit en fait de la finale d’un concours entre groupes, on nous promet les résultats après le concert d’Ärsenik. J’aurais aimé vous parler des groupes, mais à ce moment là j’ai découvert que la bière était 1,5 euros moins chère à l’étage du coup j’ai attendu le début du concert à proprement parler confortablement installée dans un canapé.

       Les choses sérieuses commencent au moment même où je redescends dans la salle qui a eu le temps de s’obscurcir d’un épais nuage de fumée aux odeurs illégales. Oui, ça sent la weed, le parfum Lacoste et le Dior Homme. Pas de Coco Mademoiselle, le public est essentiellement masculin. Et grand. Trop grand. En gros j’ai rien vu. Mais j’ai mangé les dreadlocks de mon voisin de devant, qui n’a même pas du se rendre compte que j’étais là. À défaut de visuel j’ai eu le son, et je n’ai pas été déçue. Lino et Calbo étaient chauds, et leurs fréquentes dédicaces à l’un ou l’autre de leurs potes présents a renforcé le côté intime qu’il y a toujours dans les petites salles. L’ambiance part bien, donc, et les deux frères encouragent le public à sauter sur place, ce que tout le monde s’empresse de faire (y compris mon voisin de droite, que le fait d’avoir un verre à la main n’a pas empêché de bondir tel un joyeux petit cabri du ghetto, m’arrosant de bière par la même occasion). Oui, nous avons tous sauté mais pas assez aux yeux du groupe, qui nous fait comprendre qu’il faut y aller encore plus en nous passant le sample de Jump Around. Foule en D.E.L.I.R.E, pluie de bière, cris, joie, menaces d’arrêt cardiaque devant tant de folie de la part de Lino, bref ambiance au maximum.

        Pour éviter l’arrêt cardiaque en question, Ärsenik calme le jeu en balançant le magnifique morceau Regarde le monde, ambiance plus posée sur une instru old school qui fait plaisir à tous les fans. « Mais on est comme fous dans un monde sous morphine où les fées tapinent et les anges se morfondent ».

          L’enthousiasme généralisé retombe un peu quand les deux MCs du groupe décident tour à tour de présenter leurs projets solos. Lino commence avec des sonorités qui rappellent Booba (Booba maintenant hein. Pas Booba à l’ancienne) et le public se regarde un peu perplexe, malaise. Quand Calbo commence son morceau, je décide de sortir prendre l’air, j’ai du mal avec les tensions artiste-public, ça me rend triste. Je redescends 10 minutes plus tard pour voir que les choses sont revenues à la normale. Vu l’odeur, les fumeurs sont à court de weed et passent au shit. Autant pour ma migraine, au moins avec ma taille réduite je suis en soumsoum, l’air est meilleur plus près du sol. Le groupe a rattrapé son public avant qu’il ne soit trop tard, et l’ambiance est à nouveau sauvage, les premiers rangs en feu balancent le poing en l’air, au rythme des samples lourds qui crachent derrière les phases des deux MCs. Tout est là, y compris les « tchi tchi tchi », marque de fabrique d’Ärsenik. Sur P.O.I.S.O.N, autre titre emblématique du groupe, plus personne ne se sent, et 300 personnes scandent en rythme les six lettres pendant qu’Ärsenik « pose le niveau ».

          Je remarque alors une adorable minote qui doit avoir 7 ou 8 ans, qui accompagne sa mère vêtue d’un Tshirt Scred Connexion, et s’éclate comme jamais sur des sons sortis bien avant sa naissance. Big up à elle et sa daronne, il n’y a pas d’âge pour kiffer. Le concert s’achève dans une salle surchauffée sur Boxe Avec les Mots, tout le monde bouge la tête grâce aux scratches à l’ancienne qui rythment le morceau.  Malgré les demandes insistantes du public le groupe ne fait pas de rappel, et les derniers mots qu’on aura entendus de la part d’Ärsenik auront donc été « si le rap s’barre en couille je lui prête mes boules ». 21 ans après la création du groupe, on leur fait en effet toujours confiance pour honorer le rap sur scène devant un public à qui on ne fait pas avaler n’importe quoi.

Marie le Léopard

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