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Portrait Nardwuar, micro phénomène

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« Nardwuar la serviette humaine », de son vrai nom John Ruskin, est une institution au Canada depuis ses débuts sur les ondes la CiTR, radio de l’université de British Columbia. En 2012, la notoriété de ce reporter a dépassé les limites de Vancouver, sa ville natale, pour lui donner la réputation de meilleur interviewer musical de sa génération.

Derrière son micro, Nardwuar a vu défiler les icones de la musique rock (Nirvana), pop (Lady Gaga) ou métal (Slipknot). Mais c’est depuis qu’il a découvert le rap que le bonhomme fait parler de lui : son interview vidéo du groupe Odd Future en 2011 a atteint les 3 millions de vues sur Youtube. Le producteur et rappeur américain Pharrell Williams a lui déclaré avoir eu « une des interviews les plus dingues » de sa carrière et a décidé d’héberger sur sa plateforme médiatique (IamOther) le travail de ce nouveau Larry King. Portrait et analyse d’un personnage loufoque devenu figure incontournable de la musique à l’ère d’Internet.

Dans ses années lycées, John joue le rôle du gentil looser, pas très bon en sport, mais attachant quand même : « les autres enfants essayaient de mettre le feu à mes cheveux en y jetant des allumettes » raconte-t-il. Mais bon orateur qu’il est, il se fait élire au Conseil des Etudiants (Student Council). Ainsi chargé de l’organisation musicale des soirées étudiantes, il ramène dans son école les groupes underground de la scène de Vancouver. C’est à cette occasion, en 1985, qu’il réalise sa première interview : Art Bergmann, chanteur punk de l’époque, membre du groupe The Youth Canadian. La musique prend dès lors une place centrale dans la vie de John qui monte en parallèle le groupe de punk The Evaporators.

Deux jours après sa rentrée à l’Université de British Columbia (CBC) où il suit des cours d’histoire canadienne, Nardwuar pose ses valises dans les locaux de la radio du campus. The Nardwuar Radio Show, qui mélange programmation éclectique et interviews d’artistes, est diffusé tous les vendredis après-midi. Rapidement, certains labels (Geffen Records, Warner) interdisent à leurs artistes de répondre aux questions du jeune homme qui, depuis qu’il a commencé, ne considère aucun sujet comme sensible. En 1999, Much Music, le MTV local le veut dans ses troupes. Il y diffuse régulièrement ses interviews depuis lors.

« C’est le boulot du reporter de rendre l’interview intéressante »

Nardwuar est ingénu, déterminé et besogneux. En bon historien, il fouille dans le passé de ses interlocuteurs pour provoquer la réaction : « where the fuck did you get all that stuff man !? ». Chris Murphy, musicien interviewé devenu un bon ami raconte sur le blog de CBC Radio les méthodes employées : « je me suis rendu compte plus tard qu’il avait envoyé des e-mails à mes amis pour essayer de trouver des sales info sur moi ». Pourtant, les premières interviews de Nardwuar, riches de ces informations, en devenaient longues et peu hiérarchisées jusqu’à parfois manquer d’attractivité.

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Aujourd’hui extrêmement formatées, elles gagnent en efficacité :

–       « L’identité Nardwuar » imprègne l’échange. La question d’ouverture « Qui êtes vous ? » et le jingle de conclusion délimitent un espace d’énonciation dans lequel la parole des deux acteurs est ancrée.

L’identité visuelle se forme autour de marqueurs vestimentaires et graphiques (le béret tartan à pompon, le logo en noir et blanc, le titre des vidéos sous la forme : Nardwuar VS. Nom de l’artiste) et l’identité sonore est développée autour d’un jingle d’introduction agaçant, de la voix stridente du reporter et des dernières notes que Nardwuar fait chanter.

–         Pour garder la main mise sur le déroulement de l’échange, Nardwuar utilise avec beaucoup d’attention l’objet « micro main ». Placé très près de sa bouche ou de celle de son interlocuteur, il ne sert pas à capter le son (d’autres méthodes bien plus discrètes existent aujourd’hui pour cela) mais à distribuer la parole. En effet, rares sont les personnes qui continuent de parler quand on leur ôte le micro de la bouche.

–       La règle d’or : une question, un objet. Nardwuar apporte avec lui un ensemble de « cadeaux » : des vinyles, des cassettes, mais aussi des figurines de rappeurs ou autre jouets, qu’il distribue à son interlocuteur. Et il demande : « que pouvez-vous dire aux auditeurs sur […] ».

Ces objets remplissent une double fonction. Ils sont d’abord le guide qui permet à l’artiste de ne pas se perdre dans sa réponse. Comme si la question était exposée sur un écran pour être toujours à la vue de l’interviewé. Mais surtout, cette ponctuation par l’image est adaptée au monde d’Internet qui privilégie fortement les contenus picturaux.

En 2007, Nardwuar déclarait : « J’attend le jour où je pourrai m’asseoir à mon bureau, et où quelqu’un me dira ‘Nardwuar, on a Brian Wilson sur la ligne 1 et Neil Young sur la ligne 2, pas besoin de se déplacer, ils viennent à toi’ ». Il ne pensait pas si bien dire.

Sources : http://exclaim.ca/Features/Timeline/nardwuar_human_serviette-almost_famous http://music.cbc.ca/#/blogs/2012/12/Nardwuar-the-Human-Serviette-wins-CBC-Radio-3-Lifetime-Achievement-Award http://www.nardwuar.com/

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